Le sens de l’intérêt général

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Les superlatifs pleuvent après les événements qui ont conduit quelques centaines de partisans du président américain sortant à littéralement prendre d’assaut le Capitol. Pas pour le brûler comme les Anglais en 1814, mais pour prendre la pose sur Twitter (qui a explosé pour l’occasion son flux de publications) et s’en aller. Révolution? Emeute? Insurrection? Beaucoup d’observateurs signalent que cet événement est l’aboutissement logique d’une série d’événements dopée par les diatribes enflammées de Donald Trump. Et si, au contraire d’être un phénomène marginal de quelques excités, la prise du Capitol pendant 4 heures avait été le énième événement d’un même mal qui ronge la démocratie?

Deux choses m’ont beaucoup surpris cette nuit là. D’abord, les manifestants étaient tous sincères dans leur croyance que l’élection présidentielle avait été volée. Il ne jouaient pas d’un prétexte. Ils en étaient fondamentalement convaincus. La manière dont ils ont été totalement lâchés le jour même par plusieurs ténors républicains, dont Mike Pence issu du très conservateur Tea Party, et ensuite Trump le lendemain, ne collait pas avec les attitudes passées de ces dirigeants.

Ce peu sympathique groupe d’illuminés sincères a été usé jusqu’à l’absurde par un président qui a construit son succès sur leurs frustrations. Jamais Donald Trump n’a eu en tête la recherche de l’intérêt général cher à Jean-Jacques Rousseau. Voir sa gestion de la Covid19, dernier exemple d'une longue série. Et tout cinglé qu’il puisse paraître aux yeux européens, cette attitude n’est pas isolée. En France, c’est Macron qui s’est retrouvé en face d’un mouvement des gilets jaunes, hors parti, c’est à dire précisément issu de la frange de la population qui a construit le succès électoral d’un candidat hors sérail.

S’il fallait retenir un enseignement des événements du Capitol, ce serait peut-être du côté de ce fondement rousseauiste de la démocratie qu’il faudrait aller le chercher. Selon Rousseau, le contrat social que concluent les citoyens repose sur la recherche de l’intérêt général. De cette quête découle l’idée qu’en votant, un citoyen doit glisser dans l’urne un vote qui correspond, selon lui, à ce que serait l’intérêt général dans la question soumise aux votes. En lieu et place, et de manière de plus en plus flagrante, beaucoup de démocraties voient s’affronter des politiciens qui ne recherchent plus cet intérêt général, mais uniquement l’accession ou le maintien étriqué au pouvoir par la flatterie de quelques uns.

Les suprémacistes blancs existaient bien avant Trump, qui leur a offert son pupitre. Jamais ils n’avaient eut pareille tribune. Dès lors, ce genre d’événements peut se reproduire à peu près n’importe où. Les reléguer à une absurdité de l’Histoire serait une erreur. Ils mettent le doigt sur un point sensible de nos sociétés démocratiques, qui tireraient grand bénéfice à se questionner sur le sens actuel à donner à l’intérêt général et les outils pour le définir.

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