Un scrutin à la Pyrhus

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Voilà, Depuis hier mercredi 18h, on ne peut plus voter par correspondance à Genève pour les élections de ce dimanche. La liste des invraisemblances de ce scrutin sont tellement nombreuses qu’il est utile d’en faire le tour.

Est-ce à cause de la Poste qui est débordée par une masse d’envois équivalente à la période de Noël, apparemment des électeurs n’ont pas reçu à temps leur matériel de vote. Ils ne pourront pas voter.

Confinement oblige, ils sont très nombreux ces électeurs à avoir décidé de télétravailler depuis leurs résidences secondaires avant même que la décision de maintenir ce scrutin dans ces conditions soient prises. Ils ne pourront pas voter.

Le matériel de vote, imprimé avant le confinement, mentionne de fausse possibilités de votes dans les bureaux dimanche. Heureusement la Chancellerie a renvoyé a posteriori un rectificatif, invitant les retardataires (qui pour le coup n’en sont pas vraiment) à voter directement au service de votation. Avec les recommandations contre la pandémie, contradictoires avec la traversée du canton pour poster un bulletin de vote, les dégâts liés aux élections française dont les médias se font justement écho ces jours, pas sur que la démarches soulève les foules. Et quelque part c’est tant mieux.

A Vernier, le Conseil administratif a sorti une proposition très surprenante pour inciter les électeurs à remplir leur devoir électoral. Sur appel et pour les seuls aînés, la police municipale vient chercher votre bulletin. On peine à imaginer une mesure illégale. Voilà pourquoi elle est toutefois étonnante et maladroite.

D’abord, Il semble curieux qu’un policier municipal, sur demande de son Conseil administratif, son supérieur hiérarchique, fortement impliqué dans les élections, participe de cette manière au scrutin. Un policier n’est pas une urne et si c’est bien la police qui convoie les urnes des bureaux de vote au centre de dépouillement, le transport d’une enveloppe de vote n’est pas vraiment la même chose.

Ensuite, pourquoi développer ce service pour une partie seulement de la population? Quand on connait la manière dont toutes les communes courtisent les aînés, le service développé à Vernier prête à sourire.

Toujours aussi surprenant, l’info m’est parvenue par ….Facebook. Autant dire que ce biais de communication est partiel.

Enfin et pas des moindres, alors que les postes de polices sont presque tous fermés, qu’il est impossible de déposer plainte pour un fait mineur, que les services d’urgence débordent de travail, il est vraiment surprenant que la commune de Vernier affecte un nombre d’heures et de policiers indéterminés à un tel service. D’autant que les cas de votants trop nombreux qui ne pourraient tous être aidés de la sorte pose question. Que se passerait-il si toutes les demandes ne pouvaient être traitées par la police? La faute à pas de chance? Premier arrivé premier servi? Pour une opération électorale, ces questions n’ont rien d’un détail.

La démocratie de l’entre-soi excelle en période de crise. C’est une vérité qui se confirme à travers le monde. A Genève elle se porte aussi très bien avec la pandémie. Apparemment, les partis politiques ont été consultés avant de valider les élections. Mais quels partis? dans bien des communes, il existe des listes municipales, sans grands moyens, avec pour seule force d’aller à la rencontre de la population sur le terrain. Ce qu’ils n’ont pu faire. Les grands gagnants sont les partis ayant des représentations au Grand Conseil et disposant de l’argent nécessaire à un envoi postal. Les partis riches donc. Le maintien de ce scrutin a été une erreur. Chaque jour le montre un peu plus. 

Il n’est pas question ici de dénoncer par avance le résultat des urnes. Elles parleront et ce résultat, s’il est validé, sera respecté. Cependant, l’image cacophonique, peu équitable vis-à-vis de listes locales qui font tout autant vivre la démocratie, est très mauvaise pour nos institutions. C'est une victoire de l'entre-soi, de la frange professionnelle de la politique. Comment donner ou redonner le goût de la politique en de telles circonstances? Les bâtons mis dans les roues des petits partis par les décisions prises sont évidents. La plupart des candidats de ces petits partis ont assurément peu de chance. Et alors? La manière dont certains profitent des circonstances pour servir leur cause est très néfaste. C’est une victoire à la Pyrrhus.

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Commentaires

  • On peut penser que l'image du politicien à Genève va encore se dégrader. L'impression est que l'intérêt "personnel" prime sur le bon sens.

    Le renvoi des élections dans le canton de Fribourg est un coup de poignard dans le dos de ceux qui soutiennent cette élection, au nom de la démocratie. Quant à la surprenante réponse de la justice qui donne son feu vert pour une élection escamotée, c'est aussi le sentiment du copinage qui s'impose.

    Cette élection va faire du mal dans une partie de la population, et ne va pas les encourager à aller voter plus tard. Après les affaires, il fallait montrer que la politique s'est rapproché du peuple, c'est raté, le "système" avance dans son propre intérêt.

    En temps de crise il faut se serrer les coudes, pas donner des motivations de divisions.

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