Histoire, Covid19 et climat

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La crise épidémique que nous traversons a des conséquences spectaculaires sur les observations relatives à la qualité de l’air. La conclusion intuitive serait de considérer que le climat sera le grand gagnant de cette période inédite. Cette conclusion intuitive largement partagée, a fait vivement réagir. Non, la crise du covid19 n’a et n’aura aucun effet sur le dérèglement climatique. La baisse brutale de l’émission des polluants ne change en rien les atteintes au climat. La raison est simple. Le covid19 est une crise sanitaire. Les dérèglements climatiques, eux. ne sont pas une crise. Ils sont une évolution lente et profonde, qui dépasse un simple phénomène conjoncturel.

L’Histoire, et plus particulièrement l’Histoire de la production industrielle, apporte un éclairage intéressant sur les racines structurel du problème climatique. Nous visons dans une société libérale à consommation de masse. C’est elle qui est à l’origine d’une bonne part des atteintes au climat. Plus précisément, cette société repose sur un modèle au doux nom de production à flux-tendus, ou toyotisme. Celui-là même qui fait l’actualité aujourd’hui à cause de la pénurie de masque ou de l’incapacité de l’Europe à produire tel ou tel médicament.

Le toyotisme a été dès la directe après-guerre une variante du fordisme, ou de la production à la chaîne, elle-même fille du taylorisme, elle-même encore fille de l’interchangeabilité, imaginée fin 18e siècle. Il a donc fallu plus de 2 siècles de perfectionnement de la production industrielle pour aboutir au monde qui nous entoure.

La production à flux-tendus a été imaginée au Japon après la guerre parce que ce pays manquait de tout pour relancer son industrie. Un paradoxe. Le toyotisme a été une solution aux pénuries, et aujourd’hui, il montre ses limites face à ces mêmes pénuries. Déjà, les discours fleurissent pour appeler à la constitution de réserves stratégiques, par exemple de masques médicaux.

La Suisse, une fois encore, fait figure d’exception. Là, les prix sont plus élevés qu’ailleurs, mais le pays dispose de réserves stratégiques élevées. La raison est à chercher dans l’Histoire. Les deux conflits mondiaux, dans lequel le pays n’a pas été directement impliqué, ont instantanément paralysés son économie parce que la Suisse est fortement dépendante de ses voisins. Qui se souvient encore que par manque de charbon, le gouvernement avait limité la température dans les maisons à 15 degrés pendant la guerre?

Les réserves stratégiques sont une réminiscence des traumatismes économiques des guerres. Elles ont peu à peu été supplantées par la production à flux-tendus. Délocaliser la production là où elle coûte le moins cher, a eu plusieurs utilités. Faire baisser les coûts et pouvoir rapidement adapter la production pour les atouts majeurs. La confiance en une économie monde dominante a fait oublier un peu vite que si le producteur le moins cher est à l’autre bout du monde, le risque de rupture dans l’approvisionnement grandit.

Aujourd’hui, l’entreprise qui produisait des Iphone en janvier, fabrique des masques médicaux. Mais plus que cette anecdote, l’incapacité de l’économie-monde soumise à la production à flux-tendu de répartir équitablement les moyens, marque. Mercredi, des masques chirurgicaux achetés par des clients français, ont été rachetés in extremis avant expédition par des Américains. L’allocution optimum des ressources, coeur de la la production à flux tendus, ne pèse pas lourd devant la loi de la jungle. Encore moins devant la limites des ressources.

S’il est un élément central qu’il faut désormais remettre en question pour résoudre le problème climatique, et d’éventuelles futures crises sanitaires, c’est bien la toute puissance du flux tendus. Arrêter de vouloir constamment quelque chose de toujours un peu mieux, un peu plus complexe, un peu moins cher. Accepter que l’économie locale doit également intégrer des produits industriels et des réserves stratégiques. Forcer les industriels à se tourner vers l’économie locale. Si l’intention est louable, elle générera cependant un coût énorme. Tout sera plus cher et plus rare. C’est notamment à la condition que notre société accepte d’assumer ces coûts que les défis environnementaux, entre autres, seront relevés.

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