Vers l’effondrement?

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Coup sur coup, deux regards avisés de la politique ont livré dans les médias des analyses très pertinentes du paysage politique. Sur LCI, Darius Rochebin, appelé à commenter un débat sur la situation de la liberté d’expression le 13 novembre, a posé un regard inquiet sur l’état du débat politique en France. Un pays où, pour reprendre Rochebin, « on ne s’écoute plus », contrairement à la Suisse. Quelques jours plus tard, c’est Claude Longchamp qui publiait sur Swissinfo le 5 décembre un éditorial qui expliquait pourquoi l’élection du Conseil Fédéral était déjà réglée, une semaine avant son déroulement.

Quand Darius Rochebin s’inquiète de cette démocratie française où plus personne n’écoute l’autre, Claude Longchamp montre qu’en Suisse, la politique des partis se déroule désormais en vase clos, loin des volontés exprimées par le peuple. Le politologue va jusqu’à parler d’oligarchie.

La non-entrée prévisible des Verts au Conseil fédéral s’est réalisée dans une chape de plomb bien supérieure à ce qu’on pouvait attendre. Au final, la candidate des Verts n’a même pas fait le plein de voix à gauche montrant bien la force d’inertie de cette oligarchie qui nous gouverne et la pertinence de l’analyse de Longchamp. Comble de l’ironie, le parti vaincu n’a même pas relevé ce fait, confirmant être entré dans ce cercle de pouvoir restreint. Déjà, ils épargnent leurs alliés socialistes en vue des calculs suivants. Désormais le nouveau venu dans la cour de récréation a toute une législature pour se référer systématiquement à cette partie du peuple qui n’a pas été écoutée. Un jeu peut durer bien plus que 5 ans.

La dérive de notre système politique vers un clan oligarchique n’est pas contraire à l’avis de Darius Rochebin et cette dérive inclut également les Verts. Si au niveau fédéral ils tiennent le rôle du vilain petit canard, le comportement des Verts là où ils sont installés au pouvoir ne diffère en rien de la partition que jouent les partis gouvernementaux à Berne.

Pendant que les deux journalistes livraient leurs analyses, la ville d’Onex a connu un implosion de son Conseil municipal et le lancement d’un parti municipal, à l’exact image de ce qui se passe à Vernier.Le fait que deux communes qui pèsent dans l’agglomération vivent le même événement ne doit rien au hasard de circonstances locales. Notre système politique est sous tension et ces tensions s’expriment par ces démissions trop nombreuses. Dans ces deux communes, plus de 20% des élus du Conseil Municipal siègent en indépendants.

Il est probable que ce qui met sous tension la politique genevoise soit la même dérive oligarchique qu’observe Claude Longchamp au parlement fédéral. La plupart des démissions sont le fait d’élus qui ne font que quitter leur groupe mais se transforment en indépendants. Le dénominateur commun est un rejet du clientélisme pratiqué par les partis traditionnels, et leurs mainmises sur les politiques locales.

Dans le cas de Vernier, l’oligarchie au pouvoir tente de tout verrouiller. Pour le faire, elle se voit obligée de refuser de discuter des projets déposés par l’opposition. Lorsqu’une assemblée politique refuse presque systématiquement d’entrer en matière sur les propositions de l’opposition, notre système politique cesse d’être celui vanté par Darius Rochebin et se rapproche de celui de nos voisins français. Qu’importe pour les partis au pouvoir. Ils règnent. A quel prix?

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