Le problème de la RTS avec le Lignon

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Et vlan, encore une fois. La RTS, certainement sans le faire exprès, cultive le stéréotype qui colle au quartier du Lignon. Dans le TJ de vendredi dernier, l’interview d’un présumé terroriste arrêté en Syrie a été l’objet d’un traitement pour le moins raccord avec l’image stéréotypée du quartier de Vernier.

Le Lignon est un ensemble architectural qui ne passe pas inaperçu. Le moins que l’on puisse dire, est qu’il se remarque. En quelques dixièmes de seconde, le bâtiment agressif visuellement est identifié. Autant dire que pour un média télévisé, les images du quartier sont utiles et utilisées. Hélas, parce que la télévision est vecteur d’émotions et que le Lignon soulève des émotions plutôt négatives, cette image est utilisée à sens unique pour n’illustrer que des malheurs.

Ainsi donc, le jeune suisse arrêté en Syrie et interviewé par la RTS est présenté comme venant du Lignon. A l’appui, une vue aérienne du quartier. Génial, il ne manquait plus que cela. Un terroriste. En quelques mois, le Lignon a fait plusieurs fois la une de l’actualité pour l’incendie de son église (et surtout les commentaires déplacés de deux jeunes depuis leur balcon), une série d’incendies intentionnels, un Temps Présent sur les nouveaux machos et maintenant un terroriste.

Déjà en juin dernier avec Temps Présent, la RTS nous avait gratifié d’un culte du stéréotype comme on en voit rarement. Des séquences filmées dans différents lieux de Suisse romande, mais une seule séquence localisée avec précision, vue du quartier et de son nom filmé en gros plan à l’appui: le Lignon. Repère de machos. Pas un seul autre lieu n’a eu droit au même traitement, au point qu’on pouvait penser que bien d’autres séquences du reportage y étaient filmées. A croire que le réflexe est devenu pavlovien: dès qu’un problème est à l’horizon, c’est assimilé au Lignon.

Les statistiques de la police ont beau montrer que la criminalité n’est pas supérieure au Lignon qu’à Chêne-Bourg (qui compte à peu près le même nombre d’habitants), rien n’y fait. Le stéréotype est cultivé.

Combien de journalistes ont présentés ce célèbre et adulé professeur d’Histoire de l’UNIGE, décédé il y a peu, comme un habitant du Lignon? à ma connaissance aucun. Combien de journalistes présentent notre Conseiller d’Etat Apothéloz comme un habitant du Lignon? pratiquement aucun. A coups sûrs, si Thierry Apothéloz était un tueur en série, le nom du quartier serait systématiquement accolé au sein.

Les médias ont une responsabilité réelle et immense. Il serait en fin bon qu’ils en mesurent les effets. Avoir des stéréotypes en tête n'est pas méchant, mais les cultiver devient à la longue problématique. Il ne s’agit de réclamer une attitude forcément gratifiante pour ce quartier en particulier, mais au moins un traitement équilibré de l’information. Le Lignon est un quartier très bien habité où il fait bon vivre. Ce n’est certainement pas le paradis sur Terre, mais cela devient vraiment pénible de le voir systématiquement et un peu facilement montré du doigt uniquement lorsqu’il peut être associé à des problèmes.

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