Fatale compétition

Imprimer

Giec et jeunes ont remis leurs copies. Le premier rassemble un florilège de mesures concrètes qui concernent l’agriculture, les seconds ont tout synthétisé en 3 points simples et percutants.Espérons maintenant que les mesures concrètes se mettent en chantier rapidement. Dans tout ce ramdam, il est une dimension toujours ignorée de l’écologie qu’il convient de rappeler ici. Une dimension aussi évidente qu’elle est absente des médias et des discours politiques: l’écologie sociale.

A l’origine d’une immense partie des atteintes climatiques se trouvent l’esprit de compétition, également au coeur même du libéralisme. « Plus haut, plus fort, plus loin » disait Pierre de Coubertin. Des moteurs de moins en moins polluants mais des voitures toujours plus lourdes, parce que plus grosses. Des vacances toujours plus loin, plus luxueuses.

L’esprit de compétition, gourmand en dépenses énergétiques est partout. Avant même votre naissance, on vous explique que vous êtes le fruit d’une course entre spermatozoïdes, quand bien la science a démontré il y a plusieurs décennies déjà qu’il n’y avait aucune course. Dans la vie quotidienne, cela se traduit par des comportements observables par tous et un terme célèbre: le darwinisme social.

C’est bien connu, et accepté comme une fatalité, les élèves des écoles mettent en place des « stratégies ». Dans ces dernières, l’objectif n’est plus d’acquérir du savoir, mais de trouver la combine pour avoir un résultat à bon compte (souvent sans trop bosser), parfois un diplôme dont la course est devenue une compétition. Qui reste sans formation est gravement handicapé sur le marché de l’emploi. Tout Genève a intégré l’idée qu’on ne trouvait pas de logement sans tuyau dans une régie, tellement les candidats sont nombreux. L’optimisation fiscale, sport largement pratiqué et légal, est aussi une sorte de compétition.

Logements toujours plus grands, comparaisons multiples et omniprésentes dopées par les réseaux sociaux ou à coup de photos la compétition est rude. Bref, nous baignons dans un monde où toutes et tous ont intégrés que nous vivions dans une immense compétition. Même les biologistes vous expliquent qu’entre les végétaux d’une forêt, la compétition est rude. C’est dire!

La grossière erreur est de croire que le monde progresse comme cela. Pour tuer un mammouth, l’individu est nu. Le collectif seul y parvient. Pour mettre au point le dernier smartphone à la mode, il n’y a pas qu’un cerveau, mais des centaines. Pourtant, nous baignons dans un monde ou la performance individuelles et la compétition domine. C’est une construction issu du libéralisme, et il faut s’en débarrasser.

Le panel de mesures proposées par le GIEC est intéressant. Les objectifs posés par les jeunes sont essentiels. Mais en amont de tout ce travail sur les mesures à adopter, une équation est à résoudre: comment sortir de ce monde de compétition afin que ce qui génère l’excès de dépenses énergétiques s’estompe?

Adopter une taxe carbone rendra les déplacements plus chers et les fera donc diminuer. Sans changer la logique qui créer la dépense énergétique en matière de transport. L’effet pervers des mesures nécessaires à adopter devant l’urgence climatique est que, de facto, elles ne contrent pas l’esprit de compétition. Celles ceux qui consomment le moins et donc polluent le moins, seront les premiers pénalisés et peut-être les seuls affectés. Qui pourra financer de nombreux voyages en avion, et plus généralement un train de vie dépensier en énergie (logement surdimensionné, etc) ne verra pas son quotidien changer. Eventuellement ses avoirs légèrement baisser.

Cette urgence de changer non-seulement nos habitudes, mais aussi nos références systématiques à un esprit de compétition rejoint les principes de l’écologie sociale, vieille d’un siècle. C’est un combat politique qu’aucun parti ne porte à Genève. Lutter contre les dérèglement climatiques par des mesures concrètes et lutter pour l’abandon de l’esprit de compétition. Suivre le principe du pollueur payeur en refusant que les mesures climatiques pénalisent trop ceux qui ne sont pas les principaux responsables.

Lien permanent 1 commentaire

Commentaires

  • Bravo pour ces propos, cela me soulage car je pensais être le seul à penser la sacro-sainte « compétition «  permanente comme néfaste. Et en effet, l’homme depuis des milliers d’années a pu prospérer grâce à la solidarité et la communauté

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel