La stratégie de l’immobilisme

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Ainsi donc, un député vert veut proposer d’interdire les feux d’artifices à Genève. Derrière cette proposition, toute la démonstration de l’incapacité des Verts à répondre à l’urgence climatique, tandis que le GIEC est en réunion à Genève.

Lancer cette proposition à quelques jours du grand feu dans la rade est évidemment la partie centrale de la manoeuvre. A y regarder de plus près, il apparaît que ce que demande Jean Rossiaud est logique, sinon évident. Un feu d’artifice pollue et dérange la faune de manière problématique. Et pourtant, cette proposition est idiote à plus d’un titre parce qu’elle se place en réalité dans une stratégie de l’immobilisme.

Provoquer de la sorte serait très utile si le dérèglement climatique faisait encore débat. Or, les enjeux actuels ne sont plus autour de la réalité de ces dérèglements, mais bien quand aux mesures nécessaires à adopter face à cette réalité, leur calendrier et l’urgence à y mettre. Et là, pas sûr du tout qu’une telle provocation fasse avancer les choses.

Maîtres dans l’art de la culpabilisation, les Verts cultivent avec cette proposition l’art d’apparaitre comme un sympathique groupe d’ayatollahs urbains qui n’aspire qu’à imposer un mode de vie précis sans même oser le décrire complètement. Connaissant Jean Rossiaud, il est vraisemblable qu’il assume tenir ce rôle, sans se rendre compte du degré d’intolérance qu’il contient. Pour les Verts, qui ne roule pas à vélo, ne mange pas bio, n’habite pas une maison Minergie est au minimum un imbécile.

Le deuxième élément concerne la manière de faire vivre ce débat, à savoir en saucissonnant le problème et en focalisant à outrance sur une tranche de saucisson seulement. Interdire les feux d’artifices c’est évidemment s’attaquer à l’animation touristique de la ville l’été, sans oser le faire. En termes écolos, les Fêtes de Genève ou tous les ersatz qu’on peut leur trouver sont une aberration. Des hordes de touristes du Golfe prennent l’avion pour passer quelques jours « au frais » sur les quais, faire un tour de manège qui fonctionne en brûlant des centaines de tonnes de pétrole avec des groupes électrogènes rejetant leurs micro-particules sur les quais, etc etc etc.

Il est à ce propos piquant de constater que les débats publics autour de l’instauration d’une taxe climat sur les voyages en avion est entièrement centrée sur les Suisses qui voyagent. Elle ignore jusqu’ici le fait que la Suisse vit en partie d’une industrie touristique fortement dépendante de l’afflux massif des passagers de compagnies aériennes. Passons.

La technique de la tranche de saucisson ne sert à rien, sinon provoquer un débat fortement émotionnel qui n’est utile que pour faire le buzz immédiatement et s’attirer des voix à court terme. En tout cas pas pour faire avancer la cause du climat. Voilà pourquoi, elle revient à une stratégie de l’immobilisme.

Hasard du calendrier, le GIEC est justement en réunion à Genève. Pendant plusieurs jours, des centaines de cerveaux vont tenter de trouver des solutions construites et globales sur le seul domaine agricole. Applaudissons la méthode. Au lieu de procéder par petites touches provocatrices, le GIEC sortira le 8 août un rapport global qui permettra aux gouvernements de trouver des pistes pour concilier production agricole et environnement. Voilà une bonne méthode. Jean, elle disait quoi déjà Greta Thunberg au sujet de de la politique politicienne?

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Commentaires

  • Et eux, ils font la fête dans les pays du Maghreb.... en vacances et aux frais de la princesse!

    Ces verts aimeraient nous voiler la face.....

  • La gravité est que ça rend les Verts impopulaire.
    Personne n'est naïf sur les raisons des coups d'éclats. Mais le corollaire de cette idiotie, sont des résultats qui vont dans le sens contraire de ce qui est recherché : un rejet de la population.

    Je ne sais pas comment ça fonctionne dans ce parti, mais un coup de sac serait peut-être nécessaire, parce qu'il y a un besoin de vraies priorités avant les élections.

    Climat, bien-être, pollution, etc. Il y a tant de sujets important où il faut tracer un chemin, que je ne comprends pas pourquoi, les Verts reprennent les sujets socialistes, ou se perdent dans des "détails".
    On ne demande pas aux Verts de donner des solutions toutes faîtes, mais des perspectives crédibles. Surtout pas la vision socialistes idéologique qui est incompatible au bien-être urbain.

    Les Verts ressemblent à ces universitaires singes savants, qui ne font que répéter ce qu'ils ont appris, c'est flagrant chez les jeunes. Il y manque cette 2eme catégorie de ceux qui se servent de la connaissance pour aller plus loin, qui apporte une vision structurée. A défaut de ne pas exister, du moins cette catégorie est trop discrète.

    Dans un sujet aussi difficile que d'allier l'écologie et société, l'idiotie est vite repérée et entame la crédibilité des Verts.
    Ce que je demande aux Verts : Moins de politiques, plus d'actions pour le bien du citoyen, et moins d'idioties dans la communication.

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