stéréo(abru)type

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La brillante prestation de machos en herbe au programme du dernier Temps Présent secoue la République. Habitant le Lignon, le cortège de réaction que j’entends depuis la diffusion du reportage en partie tourné dans le quartier s’accompagne d’un cortège non-moins dodu tantôt de stéréotypes assimilant le statut social au machisme, tantôt dénonçant l’échec du travail social. Une nouvelle fois, ce sont les cités qui sont mises sur la sellette, et celle du Lignon en particulier. A peine sortie d’une série d’incendies criminels, radio coursive a trouvé un nouveau sujet. Que ce soit l’un ou l’autre de ces stéréotypes, ils ne manquent pas d'interroger.

 

Non, le machisme ne doit rien au statut social. Que je sache, ceux qui emploient et donc paient en discriminant les femmes sont exclusivement d’un excellent statut social. autre exemple que les carrières académiques où les femmes peinent à accéder à l’égalité, un domaine où le statut social des décideurs est plutôt élevé. Dernier exemple que la brochette d’avocat-e-s spécialisés en droit de famille qui se sont mobilisés le même jour que la diffusion du Temps Présent pour dénoncer les abus du service de protection des mineurs. Les mêmes qui ont curieusement bien moins d’attachement à défendre l’égalité, dès qu’il est possible d’agiter en procédure de divorce l’épouvantail de l’homme forcément violent pour donner un avantage à leurs clientes. Le système judiciaire n’étant pas conçu pour séparer les couples, ces professionnel-le-s des honoraires salés ne font finalement que jouer avec les armes à disposition. Tant pis pour les dégâts et surtout la bonne cause.

Non, le documentaire n’a pas plus montré une faillite du travail social, au contraire. Lorsque le même documentaire explique que les idées machistes se retrouvent dans 53% des jeunes hommes, il faut bien admettre que le problème est profondément ancré dans notre société. Ceux qui seraient tentés de croire que la solution passe par une exclusion des jeunes en question d’une maison de quartier, voire de différentes associations municipales qu’ils fréquentent, se trompent lourdement. C’est justement en étant au contact de ces jeunes et en leur faisant comprendre que ce qu’ils se représentent est totalement absurde que le travail social peu être mené. Et il l’est.

La réaction courante est de reléguer ce problème à du communautarisme. Parce que telle ou telle communauté porterait en elle du machisme, il suffirait de procéder par exclusion pour résoudre le problème. Curieuse idée. Elle voudrait dire que ce sont à cause de ces communautés étrangères que l’égalité salariale n’existe pas encore en Suisse, que les carrières académiques sont trop souvent inaccessibles aux femmes, ou que le droit suisse de la famille est aussi en retard en matière d’égalité. Ridicule.

Tous ces stéréotypes jouent pleinement leurs rôle. Ils permettent de trouver des raisons simplistes qui évitent que soient posées les bonnes questions. Facile de désigner les classes sociales défavorisées ou les communautés étrangères comme principales responsables d’un mal, parce que cela enlève une éventuelle responsabilité à tous les autres. Par exemple, cela évite de se demander si la société libérale, qui porte en elle une compétition à outrance, l’exclusion et l’égoïsme ne serait pas plus responsable de cette progression du machisme. A bien y réfléchir, l’archétype du macho absolu s’appelle Weinstein, et il est loin d’habiter le Lignon.

 

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