GIAP et apartheid

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La presse s’est faite récemment l’écho d’un changement dans les règles du GIAP, organisme qui gère les activités parascolaires, passé totalement inaperçu. Pour beaucoup de familles, ces activités qui prennent en charge les enfants entre la fin de l’école à la fin de la journée de travail sont essentielles. Dans le cas d’horaires de travail irréguliers, le GIAP s’adapte. Or, voilà que dès l’année prochaine, il ne sera plus possible pour les familles fonctionnant avec une garde partagée d’adapter les horaires des activités parascolaires entre semaine A et semaine B, l’une chez papa et l’autre chez maman. Seule solution: payer plein pot pour une occupation à 100%, même si l’enfant ne fréquente ces activités qu’un jour par semaine. On sait la pression économique qui pèse déjà sur ces familles, sans parler de l’imbécilité de bloquer une place inutilisée 90% du temps.

Tout sauf anodin. En discriminant exclusivement les enfants de parents divorcés ou séparés, le GIAP n’a rien fait de moins qu’adopter une mesure d’apartheid. Saisi, le Conseil municipal de Vernier a botté en touche en renvoyant le dossier aux discussions de commissions. Après une explication lénifiante dont le Conseil administratif a le secret, faite de chiffres et refusant l’évidence, la messe est dite. Au mieux, les parents concernés devront attendre une année. Les parents organisés parfois depuis plusieurs années sont priés de se débrouiller en moins de 3 mois.

Plusieurs choses sont révélatrices dans cette affaire. D'abord, la passivité des autorités devant un changement qui devrait les faire vivement réagir. Car en y réfléchissant bien, l’enjeu est bien la relégation de nombreux femmes aux taches ménagères. En rendant les gardes partagées plus compliquées, l’Etat joue un jeu dangereux bien loin de ses discours ripolinés sur l’égalité. Très souvent, lorsqu’une garde partagée n’est pas possible, c’est bien la femme qui se retrouve en charge des enfants. Et même si la garde partagée figure dans la loi, elle est loin d’être répandue comme l’a montré un récent Temps Présent. Ajouter des difficultés à l’établissement de gardes partagées est tout sauf intelligent. En terme d'égalité hommes-femmes, c'est un clair recul.

Le manque de réactivité du monde politique face à un problème qui concerne exclusivement les familles éclatées est le second enseignement. Remplacez « parents divorcés » par « homosexuels » ou « personne de couleur » et la décision du GIAP provoquerait immédiatement une levée de boucliers. A raison. Nulle discrimination n’est acceptable, même sur des motifs financiers. Une fois encore, les personnes séparées ou divorcées se retrouvent traitées à part. En réaction à mon indignation, la seule réponse du Conseil administratif a été de parler de réaction excessive.

Le dernier élément intéressant à souligner est la manière dont cette structure intercommunale semble échapper au plus élémentaire des contrôles. Parce que justement elle regroupe plusieurs collectivités, elle génère des décisions qui semblent tombées de nulle part, qui dans ce cas sont totalement contraires à la mission de service public et qu’il devient très difficile de contester. Le Conseil administratif de Vernier n’a visiblement pas envie d’aller contrer cette décision discriminatoire. L’usine à gaz décisionnelle de telles structures devient dès lors un réel problème. 

Il y a sans doute une raison à ce changement de pratique. Même s'il relève d'une complexité administrative ou financière, politiquement, il est intolérable et doit être dénoncé sans aucune nuance, n’en déplaise au Conseil administratif de Vernier.

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