06/11/2018

Des professionnels d'un autre temps

L’affaire des indemnités 2 ouvre une nouvelle fois les mêmes questionnements autour de la rémunération des élus. De même, la réaction des magistrats est également très proche. Il n'y a que la situation du monde politique qui est bien différente dans un monde du travail boulversé.


Aujourd’hui, une partie grandissante du monde politique est composée de professionnels. Autour d’eux, des politiciens amateurs et bon nombre de citoyens, attachés historiquement à un système politique « de milice » qui n’existe en réalité plus depuis bien longtemps. Lorsque les magistrats de la Ville de Genève ont été professionnalisés en 1969, ils étaient les seuls avec les 7 conseillers d’Etat à l’être. Genève vivait alors avec 11 hommes et une femme professionnels de la politique, dans un monde qui connaissait le plein emploi. Le marché du travail était caractérisé par de longues carrières dans la même entreprise. Une grande partie du système de prévoyance, surtout ses 2 premiers piliers, découle de cette situation particulière.

Aujourd’hui le nombre de professionnel de la politique est infiniment plus important. Il est composé de pensionnés, d’actifs et d’une nombreuse cohorte de semis-professionnels, qui vivotent d’un mandat et d’une ou plusieurs activités affiliées, dans un parti ou une instance extra-parlementaire. Autour, un marché de l’emploi devenu restreint où on ne parle plus d’une carrière professionnelle mais de plusieurs au cours de la vie active. Dès lors, quelques années passées à travailler à un mandat politique n’est plus du tout une tare.

Le système de prévoyance lié à ce monde politique-là est totalement dépassé. Au Conseil d’Etat, par exemple, il faut siéger 8 ans pour recevoir une pension à vie plutôt confortable. Rien avant, car la logique d’un système de milice où l’amateurisme domine voulait qu’à partir de deux mandats, on considérait que vous aviez atteint une sorte de point de non-retour vers une carrière professionnelle. Vos années passées au bien collectif étaient autant de poids. Cette règle avait un sens dans la Suisse des années 1960 et 1970, sauf qu’aujourd’hui elle n’en a plus aucune, sinon pour encourager quiconque à atteindre le seuil fatidique pour accéder au jackpot du pensionné.

Dans notre monde, l’expérience de direction acquise dans un poste à très hautes responsabilités est un atout bien plus précieux qu’il y a 50 ans, alors que le marché du travail en Suisse était caractérisé par des carrières entièrement construites en interne. Pire. C’est plutôt les magistrats qui n’atteignent pas le seuil de 8 ans qui se retrouvent aujourd’hui dans de plus grandes difficultés car il apparaît suspect de ne pas être parvenu à se maintenir au pouvoir.

Le système appliqué aux anciens Conseillers Fédéraux, une retraite proportionnelle aux années passées au gouvernement, couplée avec un plafond de revenu est plus adapté. Si un ancien Conseiller fédéral retrouve un travail rémunérateur, sa pension est suspendue. Elle fonctionne dès lors comme une réelle protection, et non comme un statut de noblesse. Exactement ce dont pour quoi elle a été pensée.

L’urgence de revoir le système est réelle. La constituante avait refusé de faire le travail parce qu’elle avait considéré à juste titre que ces questions n’étaient pas de son ressort. Depuis, plus rien. Plus inquiétant, le décalage des magistrats avec les réalité de la Genève de 2018 semble toujours abyssal.

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Commentaires

Si nos élus se comportent comme ça, c'est que leurs prédécesseurs ont fait tout pareil! Il serait très intéressant de remonter sur les 20/30 dernières années pour vous comment tout ça s'est mis en place lentement, progressivement!!!! C'est comme le sale gamin qui teste ses parents et qui voit qu'il peut aller encore plus loin, encore plus loin!!!! C'est notre (Club des 5) à nous!!! Je suis donc allé sur la page wikipédia du (Club des 5) pour voir si quelques titres pouvaient résonner dans ces affaires!!! Eh bien OUI! (Le club des 5 joue et gagne) et (Le club des 5 pris au piège)!!!!! Ils n'avaient pas bien relus la totalité des (Club des 5) dommage pour eux!

Écrit par : Dominique Degoumois | 06/11/2018

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