01/11/2018

Le grand retour du café crème genevois

A une question anodine qui demande au Conseil administratif de la ville de Genève d’éclaircir les élus sur leurs frais remboursés, la réponse claque: « Oh les indemnités, c’est juste de quoi se payer un café crème de temps en temps ». Après enquête, le « café-crème » de ce Conseiller administratif se révèlera être plus élevé que le salaire d’un Conseiller d’Etat. Malaise. Fiction? Non, échange réel en Ville de Genève qui lança en 1966 l’affaire des indemnités. De quoi faire rire la République entière plusieurs années et changer totalement la donne.

 


A la suite de l’affaire, l’exécutif genevois se professionnalise dès 1969 et tous ses membres (sauf Claude Ketterer, le petit dernier pas concerné) sont éjectés par le peuple lors des élections de cette même année. Basta et on en parle plus. Enfin… jusqu’à cette semaine.

Un demi siècle plus tard et pas une ride. Seul changement: la liste à la Prévert des remboursements publiée en 1967, allant des frais de lunettes aux pneus de voiture n’a pas les mêmes libellés. Le champagne millésimé donne tout de même une mesure intéressante de l’orbite actuelle de nos édiles, sinon de l'enrichissement de ceux-ci. Pour le reste, le même scandale, les mêmes abus, et surtout, le même ton hautain un brin surréaliste d’élus en apesanteur et en roue libre. Le pouvoir corrompt. Si seulement ce n’était que cela…

La nouvelle affaire des indemnités est cependant très riche en enseignements. D’abord, la professionnalisation de la politique est un leurre. Gagner un salaire plus que confortable et être assuré d’une retraite indécente en des temps où le quidam calcule tout et doute de pouvoir tourner une fois au troisième âge de la vie ne protège pas des abus. Ni encourage au bon sens. Il faut impérativement mettre en place des règles strictes, un contrôle efficace et une transparence totale. La professionnalisation, vendue en 1969 comme la solution, n'a rien empêché.

Ensuite, il est piquant d’observer que le scandale touche la seule commune qui assume avoir des ministres professionnels. La situation des autres exécutifs genevois doit être observée. Sans surprise, les uns pousseront à plus de professionnalisme, mais ce qu’il faut surtout c’est ramener les pieds de tous ces gens là sur Terre.

Enfin, si un débat sur la professionnalisation va indéniablement se faire, il doit impérativement en profiter pour inclure toutes les questions de rémunérations, et aussi la manière dont l’Etat assure les vieux jours de ses élus. Les règles qui sont en vigueur à Genève sont désuettes. Cette du Conseil d’Etat est, osons le terme, stupide. Le principe d’une retraite est d’assurer un minimum au pro rata de son engagement. Pas un train de vie de sénateur à vie à partir de 8 ans d’exercice au Conseil d’Etat et rien avant.

Il serait heureux que le verdict de cette affaire soit identique à celui de 1969. Arrêtons de tergiverser. L’ensemble de ce Conseil administratif, aveugle et hautain, n’a plus de légitimité à gérer une collectivité au plus près des intérêts de ses concitoyens. Il refuse de le comprendre. Soit. Se représenter en 2020 devant le peuple serait, sur l’échelle du pied de nez, une sorte de sommet: « Garçon! un café-crème ».

 

22:41 | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook

Commentaires

C'est un peu comme les 280'000.- de salaire du président du conseil d'administration des SI, pour quel travail?????

Écrit par : Dominique Degoumois | 02/11/2018

"L’ensemble de ce Conseil administratif, aveugle et hautain, n’a plus de légitimité à gérer une collectivité au plus près des intérêts de ses concitoyens"

Parfaitement! Mais les connaissant ils se représenteront tous et si ça se trouve seront réélus.

Écrit par : Armando M. | 02/11/2018

Les propos d'Isabelle Terrier juge à la cours des comptes... édifiant !

http://www.lemanbleu.ch/Scripts/Modules/CustomView/List.aspx?idn=9990&name=ReplaySearch&VideoID=36499&EmissionID=17450

Écrit par : Escroqué | 02/11/2018

On s'offusque, avec raison, des dépenses des conseillers administratifs, de leurs privilèges (garages privés, alcools, etc) mais il se passe certainement la même chose au conseil d'état. Afin de se rendre compte de ce qui se passe au parlement fédéral je vous conseille d'assister à une assemblée du conseil national. Je l'ai fait et, sans surprise, c'est lamentable ! Entre ceux qui vont à la buvette pendant les débats, ceux qui téléphonent, lisent la presse, l'"étudie" sur le net, se balades dans les travées, classent leurs photos de vacances, cherchent des hôtels, visionnent des photos de famille ou porno (!, certains sont habillés correctement mais d'autres sont crades,surtout ceux du PS et, particulièrement Sommaruga. Les étrangers qui assistent à cette mascarade démocratique sont anéantis et les suisses aussi !Honteux et lamentable ! Et dire qu'ils sont grassement payés pour ne rien foutre !

Écrit par : Yvan Descloux-Rouiller | 02/11/2018

Heureusement le contrôle financier de la ville veille, notamment à la gestion économe et efficiente des deniers publics, charte ci-dessous.

http://www.ville-geneve.ch/fileadmin/public/Departement_1/Autres_fichiers/controle-financier-charte-audit-interne.pdf

LAISSEZ PASSER une facture de téléphonie de Frs. 17'000.- ?

Écrit par : escroqué | 02/11/2018

en osmose avec tous les commentaires. Autrement dit des glandeurs qui auront une retraite dorée Grâce aux contribuables avant et après leur « engagement » de servir l’etat et, surtout, de se servir!
Ne vous attendez surtout pas à ce qu’ils soient démis de leurs fonctions ou juger! C’est une chasse gardée!

Bonne journée

Écrit par : Patoucha | 02/11/2018

Au fait, le « café crème » ne serait pas un voyage de temps en temps sous les palmiers!?

Écrit par : Patoucha | 02/11/2018

Et c'est même encore pire que ce que vous dites, car la RTS révèle que
"Le Conseil exécutif a tenté de contrôler l'activité de la cour":

"La cour n'a pas reçu de pressions à proprement parler, mais a dû faire face à de nombreux freins. "Nous avons eu énormément de difficultés à obtenir ce qui était nécessaire pour notre audit, c’est-à-dire l'accès aux données comptables", explique Isabelle Terrier. "Et ensuite, chose totalement inédite, le Conseil administratif a tenté de contrôler l'activité de la cour en nous imposant la présence d'un avocat, ce qui était évidemment inacceptable."

ON CROIT RÊVER! C'est une vraie Mafia!

https://www.rts.ch/info/regions/geneve/9965901--le-gouvernement-genevois-doit-examiner-l-affaire-des-factures-de-la-ville-.html

Écrit par : Armando M. | 03/11/2018

Vous avez entièrement raison.
Les Conseillers administratifs ont été élus pour servir la population, or ce sont eux qui se sont servis.

Ce rapport révèle des faits scandaleux, et inadmissible.
Tous ces frais doivent être remboursés aux contribuables et les avocats mandatés par la Ville ne doivent pas être payés par les deniers de la Ville et donc du contribuable.

Ils doivent démissionner.

Daniel Sormanni
Conseiller municipal

Écrit par : Daniel Sormanni | 03/11/2018

On peut aussi remettre en cause les salaires pharaoniques des présidents des conseils d'administration des HUG, des SIG et de quelques autres gouffres à fric généreusement "subventionné" par les contribuables!! Ces sortes de placard dorés sur tranche où il fait si bon vivre sans rien faire!

Écrit par : Dominique Degoumois | 03/11/2018

Mais ne rêvons pas trop les magistrats sont dans les mêmes loges maçonniques que nos politiques, tout ça va se tasser ............cool à l'aise ...........sous le tapis!

Écrit par : Dominique Degoumois | 03/11/2018

Cette fois le masque est tombé !

Le vertueux Barrazone avec sa bouille de gentil garçon plaidait, en façade, l'ouverture (mariage gay) et la compassion (?) en s'alliant avec Mazzone (!!!) pour demander que l'Aquarius puisse battre pavillon suisse !!

Mais l'envers du décor est beaucoup moins reluisant : sans vergogne, pendant des années et en continu il a détourné de l'argent public à son profit en se faisant payer des dépenses privées d'un montant pharaonique.

? Et c'est ce filou qui représente Genève à Berne ? Bravo !!

Par ailleurs ces dépenses (cabarets, taxis au milieu de la nuit, alcools au petit matin et factures astronomiques de téléphone (rose ?) dénotent un style de vie étonnant pour celui qui devrait gérer et développer à tête reposée la 2ème ville de Suisse.

Comme avec les versements aux Eglises de Maudet (qui décidément l'inspire beaucoup), une fois pincé, Barazzone a cru se racheter une virginité en remboursant une partie des montants indûment perçus. Mais cette ficelle est un peu grosse pour que les Genevois se fassent avoir !! On a dû déjà avaler la confusion des cartes de crédit, le voyage à Abu Dhabi offert et la visite impromptue dans la tour, ça va bientôt suffire !

Bon malgré tout il faut comprendre Barazzone : il a étudié le droit aux Etats-Unis alors c'est presque logique qu'il ait avec l'argent une relation différente que nous, pauvres contribuables !

Seule consolation (pour lui), dans la nasse des crabes attrapés il n'est pas seul et rejoint d'autres beaux spécimens : Kanaan, Pagani, Alder, Maudet, Broulis, Mme Savary etc.

Qu'aucun d'entre eux, tous partis confondus, ne prenne conscience de leurs abus et ait la décence de démissionner me déçoit.

Qu'ils nous servent le genre d'excuses et de justifications auxquelles on a eu droit depuis quelques mois me révolte. Honte à eux !

Écrit par : A. Piller | 04/11/2018

Des filous à Berne y'a presque que ça, alors dans la masse on ne le voit même pas!!!! En tout cas tous vont pouvoir compter sur les doigts d'une seul main qui n'est même pas obligée d'avoir tous ses doigts, leurs vrais amis!!!!!

Écrit par : Dominique Degoumois | 04/11/2018

Pour remettre l'église au milieu du village:

Le montant forfaitaire à disposition des CA se monte à 13.200 Fr. (1200 téléphonie, 5000 voiture[?], 7000 représentation) + 6.500/an pour le maire. Mais cela ne comprend pas les "invitations": 10.000 Fr en plus à disposition par année. Et donc nous avons au total 23.200 Fr. de dépenses autorisées (+ 6.500 pour le maire au prorata du nombre de mois). Alors qui a dépasssé les forfaits alloués et votés par le CM?

Détail des dépassements:
GB: 15.232
SK: 3.715
RP: -3.283
EA: -5.298
SS: -12.103

Et encore je n'ai pas tenu compte du forfait autorisé per diem (qui devrait faire baisser quelque peu les dépassements).

Tous pourris? Certains moins que d'autres.

Comme quoi l'emballement sur ce sujet est lui-aussi malsain. Il appartient au CM par exemple de baisser ces forfaits et de se donner les moyens de contrôler les dépenses.

Je trouve bien plus scandaleux les dépassements sur les travaux publics où il s'agit de millions et pas de broutilles. Mais là personne ne proteste. Et tout le monde vote les millions supplémentaires.

Deux exemples: CEVA et boucle ferroviaire Cornavin-Cointrin (+4 milliards contre moins d'un milliard selon le projet).

Écrit par : Daniel | 04/11/2018

Plus c'est gros plus ça passe

Écrit par : copperfield | 05/11/2018

Pour ce qui est des travaux publiques, le bétonnage de nos places par des "architectes officiels" qui sont "officiellement de gauche" et amis de cette gauche bien sûr! Là y'a pas de problème, pas plus que pour le bétonnage massif des bords de l'Aire, par les mêmes!

Écrit par : Dominique Degoumois | 05/11/2018

Les commentaires sont fermés.