14/10/2018

Le déshonneur d’une profession

Régulièrement, les avocats du pays sont questionnés par deux médias de référence du pays pour noter leurs pairs. Dans le haut du classement en droit de la famille à Genève se trouve une étude d’avocat que je connais hélas bien depuis plus de trois ans. L’une de ses associées ne semble pas briller par son éthique, au point qu'on peut se demander comment est construit le classement et si l'éthique est prise en compte.


Il est souvent affirmé de manière peu étayée que les avocats ont peu d’éthique. Pour se défendre, bien des membres de cette profession affirment mains sur le coeur que des brebis galeuses existent hélas partout, mais qu’il ne faudrait pas jeter l’opprobre sur toute une profession à cause de seulement quelques uns. Cet argument ne tient pas la route face à ces classements construits sur la désignation des pairs. Il est simplement impossible que les pairs n’aient pas connaissance des pratiques de leurs collègues qu’ils côtoient au quotidien.

Si les avocats désignent cette études comme l’une des meilleures, c’est bien que des critères entrent en ligne de compte. Dès lors lesquels? Ecartons l’éthique. Reste l’argent gagné et les causes remportées. Si ces deux mesures ont leurs importances, elles sont absentes du serment que fait tout avocat avant de pratiquer. Rappelons quelques lignes de ce serment: « Je jure ou je promets solennellement…. de n’employer sciemment, pour soutenir les causes qui me seront confiées, aucun moyen contraire à la vérité, de ne pas chercher à tromper les juges par aucun artifice, ni par aucune exposition fausse des faits ».

Dans le cas du droit de la famille, ce classement est en réalité choquant à plus d’un titre. L’avocate qui manie les contre-vérités avec allégresse est une personnalité montant du domaine et donne force de conférences et conseils sur le droit de la famille. Une autre de la même étude n’est rien moins que juge suppléante PLR. Comment le plus grand parti du canton déjà empêtré dans une affaire peu reluisante peut-il faire confiance à une avocate issue d’une étude aussi peu éthique? La réponse est simple: le PLR ne sélectionne pas ses magistrats en fonction de leur éthique. Plutôt préoccupant quand on sait qu’en lieu et place d’élections judiciaires, les partis s’arrangent entre eux pour désigner les magistrats du pouvoir judiciaire.

Rappelons que la profession qui domine les parlements est bien celle d’avocat. Et ce sont les parlements qui font les lois. En fait, il semble bien que tout le système judiciaire est complice au pire ou impuissant à agir au mieux. Dans le cas des procédures en droit de la famille, lorsque vous faite face à des centaines de pages de dossiers et quelques instants de parole lors d’une audience de 30 minutes (exemple vécu), n’importe qui comprend qu’il est impossible de contester les mensonges avancés. Le faire par écrit demande une solidité financière qui n'est pas donnée à tout le monde. Et c’est bien là la stratégie. Elle est très efficace et provoque l’admiration des pairs.

J’ai foi en notre démocratie et ses institutions, mais notre justice est malade de son droit de la famille. J’ose espérer que ce qu’il m’est donné d’observer dans ce domaine du droit n’est pas la règle dans toute la justice. Qu’ailleurs, il n’est pas possible qu’une juge membre du comité d’une association féministe qui atteste contre un justiciable, se retrouve à statuer sur son cas (exemple vécu en 2016 à Genève). Qu’ailleurs, lorsque la justice par le biais de ses acteurs se trompe dans ses calculs, les conséquences financières pour faire rectifier l’erreur ne soient pas à la charge du condamné (exemple vécu en 2016 à Genève). Qu'ailleurs, un justiciable au bénéfice de l'assistance juridique ne s'entende pas dire en audience par une magistrate "selon moi, vous n'avez pas droit à cette assistance" (exemple  vécu en 2018 à Genève).

Les procédures en droit de la famille mettent en scène des femmes, hommes et enfants dans des affrontements fortement émotionnels. Les enjeux sont colossaux pour des décennies, sinon à vie pour ces justiciables. Leurs finances, leurs santés, et bien des aspects de leurs vies quotidiennes sont en jeu. Au Canada, il semble que plus d’un suicide sur deux d’adulte est directement lié à des divorces ou séparation. Profiter de ces situations pour des calculs financiers ou de notoriété en sachant que le système judiciaire est impuissant à agir n’a qu’un mot: c’est une infamie. Admirer ce genre de pratique, c'est un déshonneur.

21:58 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.