18/09/2018

L'impasse législative

Le récent Temps présent sur la paupérisation des couples séparés et divorcés a fait pas mal parler en Suisse Romande. Beaucoup ont découvert des situations pourtant présentes depuis des années dans notre pays. Ce que cache l’inadéquation des lois suisses de la famille, c’est un décalage pourtant très simple entre une société de 2018 qui a passablement bougé et un droit basé sur des stéréotypes machistes qui refuse de sortir de stéréotypes archaïques. Avec parfois des situations enfermantes.


 

Au 19e siècle, par une lente évolution des sociétés occidentales, nous sommes passés d’une femme idéale forte, attirante parce que ronde, bien costaude avec une poigne solide à un idéal féminin fait de fragilité, douceur et discrétion. La première a longtemps représenté le canon de beauté parce que vue comme capable notamment de supporter des accouchements, cause de nombreux décès. Les arts picturaux ont abondamment représenté cette femme idéale. La mortalité des femmes en couches n’a baissé que tardivement et cette baisse a amorcé la transformation de cet idéal féminin. Les auteurs romantiques du 19e siècle ont fait le reste. La Cosette Fauchelevent de Victor Hugo sort de là.

Aujourd’hui, un défi majeur et clivant se pose aux féministes. Lorsque le droit s’appuie sur le stéréotype de la femme fragile, par exemple pour proposer un âge de la retraite différencié entre hommes et femmes, une retraite acquise plus tôt par les femmes est souvent défendue comme un juste retour des choses, voire une compensation bien modestes pour contre-carrer des situations différenciées. En toute logique cependant, une société égalitaire ne devrait pas laisser se perpétuer de telles différences.

Lorsque des femmes se revendiquant féministes osent s’attaquer au stéréotype de la femme fragile, comme ce fut le cas avec la Tribune des 100 il y a quelques mois dans le journal Le Monde, une tempête de réprobation se déchaîne sur elles, leur reprochant par exemple de renforcer la « culture du viol ». En lisant leur tribune, on se rend pourtant compte que ce que ces femmes revendiquent, c’est surtout l’abandon du stéréotype de la femme fragile. Une évolution qui devrait paraître évidente pour tous les féministes.

Difficile de se départir d’avantages lorsque ces derniers apportent du confort. Voilà le problème du droit de la famille en Suisse. En de multiples points, il s’appuie sur l’idée qu’une femme est fragile et donc demande protection et un homme moins voire pas du tout. La jurisprudence, reprenant ce stéréotype, enfonce le clou. Pour les partis de droite, inutile de revoir les règles, parce qu’elles confortent trop souvent leur vision de la société. Pour les partis de gauche, la révision des règles signifierait une remise à plat de certaines dispositions considérées comme des acquis sociaux aux bénéfices des femmes. Même le problème se creuse encore, et il ne peut que se creuser, cette impasse semble impossible à surmonter.

Aujourd’hui en Suisse, les vulnérabilités se creusent. L’un des facteurs de vulnérabilité est incontestablement la séparation. Là où l’Etat devrait limiter les dégâts, on se rend compte qu’il creuse encore le problème par une incapacité à agir et faire évoluer assez rapidement son droit. Aujourd’hui les couples qui se trouvent face à se problème se divisent en deux catégories: ceux qui évitent d’avoir recours à l’arbitrage de la justice, contre ceux qui se battent par avocats interposés. Dans ce dernier cas, le stéréotype encore trop fortement présent de la femme forcément fragile et vulnérable fait des dégâts conséidérables. 

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