01/09/2018

L’abysse, les eunuques et l’article 11

Je hais les projets politiques de Pierre Maudet et sa manière de se mettre en scène. La multiplication des prisons là où il aurait fallut d’abord des écoles, ses coups médias où il se met en scène dans une parodie de famille Heidiland qui dégouline de birscher muesli. Le respect que m’inspire celui qui sait mener ses projets à bien ne saurait compenser les cotés désagréables de l’élu. Le citoyen Pierre Maudet a tout mon respect. Il n’y a d’autres ministres aussi bien taillé pour la présidence. Hélas.

 


La justice enquête et veut l’entendre. C’est une excellente nouvelle. La preuve que nos institutions fonctionnent. Je ne suis pas juge et j’ai pleinement confiance en nos institutions.

Non. Ce qui me révolte, c’est le concert de commentaires outrés, associant les extrémistes portés par une idéologie du chaos, aux opportunistes qui jouent la partition de la vierge effarouchée. Pour une fois, ceux qui ne veulent pas gouverner et ceux qui sont prêt à tout pour accéder à une once de pouvoir supplémentaire s’accordent pour beugler. A ceux qui répondent que les jeux politiques veulent cela, je leur rappelle le désintérêt croissant et préoccupant de la population envers la chose publique. Une distance devenue abysse. Nous baignons dans une société qui prône la responsabilité individuelle, valeur que nos élus sont incapable d’appliquer à eux-mêmes. Combien de femmes ou d’hommes politiques accepteraient l’idée qu’ils sont eux-mêmes à l’origine de se désintérêt? Aucun. Il y a de l’indécence et de l’inconscience à enflammer pareillement la sphère médiatique friande de scandales rémunérateurs.

Oui. La constitution ne prévoit pas de destitution d’un Conseiller d’Etat. Encore heureux! Tout le système politique suisse repose sur des exécutifs faibles, sorte de sérails d’eunuques. Sans concertation, sans de solides appuis qui dépassent le cercle partisan, aucun projet ne peut voir le jour. Encore oui, Genève prend le risque de devoir gérer un ministre devenu hors de contrôle, mais  que vaut ce risque face à celui de voir fleurir les démarches de destitution au cours d’une législature? Il suffit de lire les commentaires de ces derniers jours pour être convaincu de la pertinence du travail constituant. La révocation c’est le peuple.

Oui, effectivement, je ne crois pas une seconde à l’existence possible de corruption active dans notre système politique. Justement à cause des sérails d’eunuques. Sur ce sujet, la balle qu’est en train de se tirer dans le pied le monde politique est formidable.

Je suis élu. Des avantages en natures, je n’arrête pas d’en voir passer. Juste après la dernière élection, cette banque qui a fourni des porte-documents à tous les élus municipaux de ma commune (et sans doute d’autres), des invitations régulières, etc. En vrac et à différents niveaux de la politique genevoise: abonnements TPG gratuit, accès aux produits du vignoble de l’Etat, accès à des spectacles et structures sportives publiques. Il y a quelques mois, lors de l’anniversaire d’une puissante association active dans les transports, un gala où étaient présents des conseillers d’Etat, des parlementaires, etc. Ils ont payés le fastueux repas? je n’en sais rien mais peut-être pas. Le coup d’éclat de ce député socialiste qui entend mettre fin aux spectacles gratuits pour les élus n’est qu'une inutile goutte d’eau dans l’océan.

La Suisse doit être un des rares états qui a intégré au sein de son fonctionnement le travail de lobbyistes, puisque chaque élu à Berne peut octroyer deux cartes d’accès au palais fédéral à des tiers. Très souvent des lobbyistes. A ce jeu, gauche et droite se tiennent à la barbichette. Pas vraiment une surprise pour un pays qui dans un passé récent autorisait ses entreprises à déduire les frais de corruption (dépensé à l'étranger!) de leurs impôts. 

Ce n’est pas Pierre Maudet qui est un mouton noir. Tout le système politique Suisse autant à l’échelle nationale que cantonale baigne dans un tissu extrêmement dense d’avantages en nature de toutes sortes et de toutes tailles. Lorsque le club sportif X qui fête un anniversaire invite un élu, est-ce de la corruption? Pris à la lettre oui, car on espère ses bonnes grâces. Evidemment non, si on interroge le bon sens.

La vraie question que soulève l’affaire Maudet, est celle de la limite. A partir de quand considère-t-on un avantage en nature comme de la corruption? du simple lobbyisme? un geste désintéressé? Il faut être aussi peu inspiré qu’un avocat pour croire que des règlements arriveront à cadrer cela. Devant ces questions, une seule réponse me vient. Celle du bon sens et de Baden-Powell, fondateur du scoutisme qui complétait à l’envie les dix articles de la loi scoute par un onzième déclamé en aparté: «article 11: le scout n’est pas un imbécile ».

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Commentaires

Il est plus qu'évident que les lobbies offrent des avantages consistants à leurs "poulains", sinon on ne parlerait même pas de lobbies !

Comme il est encore plus évident que la corruption est l'une des mamelles des pouvoirs, nous pourrions même dire, que c'est le plus vieux métier du monde, n'en déplaise à certains !

Le droit romain prévoyait déjà des peines exemplaires contre ces pratiques, ingrédient indispensable à ce que l'on appelle "la politique" !

Y aurait-il encore des politiciens sans corruption, injustice et passes-droit ?

En fait, ce n'est qu'une question de prix et du fait qu'il ne faut pas se faire prendre. C'est dans ce sens que PM semble plus naïf que réellement impliqué dans une véritable affaire de corruption, ces dernières se déroulent à l'abri des regards, dans des salons bien insonorisés, Genève ne sait quelque chose !

Certains socialistes ne se cachent pas de prendre des repas de luxe avec des ministres étrangers, eux également issus de l'internationale, raison pour laquelle le président brésilien est derrière des barreaux, je l'ai vu ces Messieurs assis dans nos 5 étoiles accompagnés de membres du parti socialiste genevois de ces militants devenus ministres, mais dans ce cas, c'est légal, premièrement il n'y a pas d'accord judiciaire économique entre le Brésil et la Suisse, et que je sache, la Suisse n'a jamais empêché quiconque de piller l'argent de son pays, surtout si c'est un despote !

Tandis que PM, lui, cherchait des investisseurs alors que notre économie montre des signes de faiblesse, ce n'était pas sans compter sur ceux qui ne pipent mot lorsque l'on est l'ami d'un dictateur sanguinaire qui assassine sa population, comme le faisait si bien bon nombre d'amis de socialistes genevois, je parle de cette presse qui va jusqu'à utiliser les faiblesses de la droite, uniquement pour cacher les énormités organisées par d'autres.

Écrit par : Corto | 01/09/2018

"Non. Ce qui me révolte, c’est le concert de commentaires outrés, associant les extrémistes portés par une idéologie du chaos, aux opportunistes qui jouent la partition de la vierge effarouchée. "

Qui hurlent surtout avec les loups! dont certains, dans cette blogosphère, ont la palme.

Écrit par : Patoucha | 02/09/2018

Un exemple des complicités ayant laissés d'énormes pourboires dans la république de Calvin, prenons le cas du magot laissé par Arafat dans une des banques genevoise alors que Trump est encore lynché par la gauche pour avoir suspendu les financements de l'unrwa, vous savez, ces 350 millions alloués par les USA annuellement pour financer des jets privés à 75 millions de dollars et un palais dont rien que la construction à coûté près de 20 millions, Arafat qui a laissé 25 milliards sur un seul compte. Faites le calcul, 350 millions d'aides américaines contre 25 milliards, c'est à dire de quoi financer l'unrwa pendant 71 ans !

Écrit par : Corto | 02/09/2018

"Oui, effectivement, je ne crois pas une seconde à l’existence possible de corruption active dans notre système politique."
Vous êtes d'une naïveté abyssale. Et c'est peu de le dire.
Intéressez-vous donc aux raison qui font que la classe politique préfère pour un projet ferroviaire une variante à 4,7 milliards (avant dépassements) à une variante à 750 millions.

"La vraie question que soulève l’affaire Maudet, est celle de la limite."
la vraie question est celle du mensonge et de qu'il implique.

Votre défense de Maudet est proprement pathétique.

Écrit par : Daniel | 03/09/2018

Daniel, vous comparer des corruptions actives et l'affaire de Maudet, si des enquêtes devaient être ouvertes dans tous les cas de repas ou d'invitations il faudrait tripler la taille des tribunaux !

Je me rappelle très bien des vacances d'un conseiller d'état de gauche sur le yacht d'un célèbre milliardaire grec familier de Genève et les permis de construire accordés à ce dernier sur le canton, je prend cet exemple car il y a prescription !!

Écrit par : Corto | 03/09/2018

Dans une ville, dans un pays autant rempli de banques aux activités 100% criminelles, oui, je sais l'évasion fiscale n'est pas pénalement condamnable en Suisse, mais est-ce fiscal d'être un dictateurs sanguinaire qui pille sont pays ?

Donc dans un tel pays, comment voulez-vous qu'il n'y aient pas de corruption ?

Écrit par : Corto | 03/09/2018

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