24/08/2018

La voie verte du Ceva et le signal nécessaire

L'ouverture de la très attendue voie verte entre Annemasse et les Eaux-Vives au printemps dernier décrit mieux que n’importe quelle explication le problème de la mobilité cycliste. Vision passéiste, absence d’une réelle audace, consensus mou qui donne au final un mélange curieux d’aménagement tape à l’oeil sur papier glacé et parfois dangereux à l’usage. En cela, la votation à venir du 23 septembre est importante par le signal qu'elle peut donner en faveur du vélo.


D’un premier abord, la voie verte du Ceva est digne des autoroutes cyclistes hollandaises. A peine éloignée de la gare des Eaux-Vives, la voie plonge sous une route pour éviter un croisement dangereux. On applaudit. Le trajet est calme au milieu de la verdure.

A peine plus loin, on déchante. A chaque fois que la voie verte s’approche du croisement avec une route, même de peu de trafic, elle disparaît. Une disparition bien réelle et problématique. La bande goudronnée s’arrête plusieurs mètres avant l’artère, pour laisser la place à un revêtement gravier plutôt casse gueule à plus de 10 km/h.

Chacune de ces routes ou de ces chemins représentent autant de césures. Même face à la voie d’accès à une multinationale de l’engin de chantier, la voie cycliste s'interrompt. Tout un symbole.

L'origine de cette manière d'appréhender cette voie se trouve dans la manière dont a été pensé et présenté le projet. En consultant le site internet du Ceva, on remarque que le projet de voie verte n’est pas celui d’une artère cycliste mais d’un « espace de détente et de promenade ». Et effectivement, piétons, poussettes, canidés en promenade, obligent les cyclistes à slalomer sans cesse alors que deux voies existent et que la voie cyclistes n'est pas vraiment très large. Comme si le vélo était uniquement un objet de loisir et n’était pas aussi un moyen de transport utilisé à des fins de rapidité dans un timing réduit. Comme si à Genève, l'automobiliste utilisait son véhicule pour aller vite au travail et le cycliste juste pour se promener.

Afin d’améliorer les transports et la qualité de l'air à Genève, nous devons créer de réelles autoroutes cyclistes. Pas seulement pour les promenades du dimanche. Plusieurs des routes traversées par cette voie verte sont des artères locales avec peu de trafic. Ne pas avoir donné à ces endroits la priorité aux cyclistes est une erreur d’appréciation.  La poursuite d'un aveuglement qui refuse de voir le vélo comme un réel moyen de transport, une réelle solution à l'engorgement du trafic.

Il suffit d'aller observer le trafic sur cette voie verte les matins avant 8h. Tant que la mobilité ne sera pas construites autour de réelles alternative au trafic motorisé individuel, Genève et ses transports seront dans une impasse. Enfin… sur une sympathique voie "de détente et de promenade". Voilà pourquoi le vote du 23 septembre est si important.

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Commentaires

J'ajoute que certaines personnes ne se sentent pas à l'aise avec un vélo dans le trafic.
Potentiellement, il y aurait probablement bien plus de cyclistes, si des aménagements pour la sécurité des cyclistes permettaient de traverser Genève en toute sécurité

Écrit par : motus | 24/08/2018

Je suis obligé de réagir. C'est plus fort que moi. Mon dieu que je regrette d'être venu jeter un oeil sur ces foutus blogs...

Je tiens d'abord à planter le décor.
Je circule presque exclusivement à vélo. J'en ai trois. Une trottinette à grandes roues, un vélo couché et une bête urbaine.
Je suis un grand fervent de la mobilité douce et je défends toutes les initiatives qui visent à dégager l'hyper centre des transports individuels motorisés (TIM). Mon blog Hey taxi ! en atteste.
Je suis aussi chauffeur de taxi depuis 1977. Je connais donc les questions de circulation dans notre ville comme ma poche.

Le jour où les cyclistes comprendront les points suivants, nous commencerons enfin à réaliser comment cohabiter en ville.

- Le plus gros doit être considéré comme prioritaire. Un poids lourd qui doit s'arrêter à un feu qui a été actionné par un bouton poussoir par un piéton pressé qui a déjà traversé le carrefour implique une méga pollution tant en termes de résidus de plaquettes de freins, de pneus que de consommation puisqu'il dépense plus de 100 litres au 100 km lors du démarrage.

- Un cycliste qui a besoin d'un espace sécurisé pour circuler est un danger pour lui et pour les autres. Il est impossible d'offrir un réseau complet de pistes cyclables en sites propres dans nos villes conçues plusieurs siècles auparavant. Il doit donc se résigner à envisager son activité comme un sport du dimanche en campagne ou apprendre à être attentif aux autres.

- Selon le rapport "mobilité 2030" de Mme Künzler à l'horizon évoqué, la mobilité dans son ensemble va exploser de près de 30%, toutes catégories confondues mais avec une prédominance importante de la voiture. Il est donc impératif d'en tenir compte pour la fluidité au sens général et pour tous les acteurs. Un cycliste coincé dans un trafic polluant est un cycliste malheureux et révolté.

- Contrairement aux voeux de certains, la voiture a de belles années devant elle. Elle devient non polluante tant en termes d'émissions CO2 que de bruit. La volonté des Verts de l'éradiquer est totalement utopique et contre intuitive. Elle alimente inlassablement la guerre des transports qui ne permet pas d'envisager des solutions créatives pour optimiser les axes dédiés aux divers modes. Justement comme la voie verte que vous évoquez dans ce billet.

Je pourrais m'étaler ainsi sur des pages. J'ai RV avec M. Dal Busco en septembre pour lui expliquer ma lecture de la problématique en regard de mon expérience de terrain. Je n'en attends rien, trop conscient des enjeux politiques inavouables et des guerres de clochers que se livrent les divers acteurs. Mais je me dois de communiquer mon expérience à qui de droit. Le reste ne m'appartient pas.

Écrit par : Pierre Jenni | 30/08/2018

EXCELLENTE intervention Pierre Jenni et, surtout, heureuse de vous lire.

Juste de passage :) Bien à vous Pierre Jenni.

PS: l’accès à votre blog est toujours ouvert....les commentaires fermés.... mais relégué en dessous de tout... afin de rester invisible. LOL! Je n’ai pas compris cette astuce......

Écrit par : Patoucha | 30/08/2018

Patoucha, avez-vous le cas de Zemmour en France ?

Les mots supplantent la réalité !!

Cette liberté d'expression contrôlée par ceux qui passent du parti socialiste à l'UDC !

Écrit par : Corto | 02/09/2018

J'avais donné mon impression sur le fait de faire du vélo à Genève, mon commentaire a été censuré !??!

Écrit par : Corto | 02/09/2018

Les commentaires sont fermés.