18/04/2018

Sous les pavés, la page se tourne

Les frémissements médiatiques autour du 50e anniversaire des événements de mai 68 sont intéressants à plus d’un titre. Certes, l’actualité sociale de nos voisins est riche, mais derrière ces frémissements, réside surtout la reproduction d’un décalage problématique entre ce qu’est l’Histoire et ce qu’on en fait de nos jours. L’Histoire est omniprésente mais hélas, nous sommes toujours incapables de la prendre uniquement pour ce qu’elle est. Une science du passé qui tout au plus parvient à ébaucher quelques réflexions sur des origines du monde actuel, sans jamais être une science aux vertus divinatoires.

 


Pour cette année commémorative, les médias ont été gâtés par l’actualité sociale française qui renforce la confusion: grève SNCF ou à Air France, blocages d’amphithéâtres dans les universités, évacuation mouvementée d’irréductibles à Notre-Dame-Des-Landes, après celles d’étudiants par des encagoulés. Pour chacun de ces événements, les commentaires se multiplient sur une reproduction ou non de ce qui apparaît comme la matrice historique, trop souvent appréhendée comme une sorte de volcan apparu du néant et dont beaucoup scrutent désormais le réveil.

La tentation n’est pas nouvelle. En 2010 déjà, le candidat Besancenot clamait dans les colonnes du Monde qu’ « un nouveau mai 68 est possible ». Aujourd’hui, c’est l’hebdomadaire Marianne qui titre « Mai 2018: le nouveau mai 68 a commencé ». Moins affirmatif quoique dans la même ligne, LCI diffuse un reportage « 50 ans après, les étudiants vont-ils refaire mai 68? ».

La juxtaposition entre une date anniversaire marquante pour les luttes sociales et une actualité riche en contestations fait tomber bien des commentateurs dans un piège. Contrairement à ce qui est trop souvent imaginé, l’Histoire ne se répète jamais. Parce qu’elle prend naissance dans le mélange unique de différents facteurs explicatifs comme un contexte, des acteurs, un ensemble de micro et macro événements, il est impossible de la voir se reproduire.

Petit exemple avec Mai 1968 autour d’éléments contextuels. D’un certain point de vue, Mai 1968 est sorti du néant. Au moment de la création du mouvement du 22 mars, l’une des origines de la flambée, ni le pouvoir, ni les partis et encore moins les syndicats n’imaginaient ce qui allait se produire. Et de loin. L’une des raisons a trait à l’environnement économique, très différent de celui que nous connaissons. En 1968, le monde était en forte croissance depuis plus de 20 ans, ce qui ne s’était jamais produit de mémoire d’Homme. A tel point que le Club de Rome, un aréopage de capitaines d’industrie, quelques mois plus tard se posera la question simple « une croissance infinie dans un monde fini est-elle possible? ». A l’époque, la réponse à cette question n’était pas évidente. En 1968, la jeunesse n’était pas inquiète pour son avenir économique. En Suisse, le chômage n’existait simplement pas!

L’Europe de 2018 n’a rien à voir avec celle de 1968. Un jeune d’aujourd’hui vit dans un environnement infiniment plus anxiogène. Dès l’école, il est mis sous pression d’une réussite dont l’enjeux est, dressé de manière caricaturale: une vie digne ou la précarité.

Mai 1968 ne se reproduira pas. Pour autant, l’Histoire de ces trois mois d’utopie au pouvoir, clôt par des élections en juin 1968 qui renforcèrent encore l’emprise d’élus conservateurs (ce dont très peu parlent), doit être étudié et observé. Pour ce qu’elle est et dans toute sa complexité, et non juste pour caricaturer la reproduction d’affrontements sociaux qui n’a que peu de fondement historique.

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