11/04/2018

Derrière un départ, une démocratie qui se meurt

Oris est innocent. Je n’ai même pas besoin d’y engager mon honneur. Le rapport des enquêteurs indépendants nommés par l’université est clair, même s’il tente maladroitement d’atténuer l’évidence par des évocations floues. Le professeur Oris a cependant démissionné de la direction de l’Université lundi dernier, fatigué par plus de 10 ans d’attaques fourbes et mensongères, qui avaient repris de plus belle il y a plusieurs mois.

 


Qui est Michel Oris? Derrière un visage sympathique, ce chercheur belge dont la cordialité et la douceur surprennent -et parfois agacent, est un moteur des Sciences sociales de l’Université depuis une vingtaine d’années. Bourreau de travail, historien-démographe de grand talent, il compte parmi les meilleurs historiens des populations du globe. Il suffit d’aller avec lui en congrès aux Etats-Unis, organisé tous les deux ans par la plus fameuse société scientifique des sciences sociales (la SSHA), pour mesurer son exacte dimension scientifique. A son âge, sa liste de publications dans des revues de premier plan relègue bien des collègues de l’UNIGE, parfois plus expérimentés, en deuxième ou troisième division.

Généralement, les chercheurs peinent à être de bons pédagogues. Ce n’est pas le cas du professeur Oris. Ses cours sont suivis avec plaisirs par un auditoire captivé… et amusé par des expressions inimitables. Parmi les chercheurs qui ont travaillé avec lui, l’homme est apprécié. Là où un nombre trop important de ses pairs surfent sur leur statut pompeux en se reposant sur des recherches passées, un nom, les serrages de mains voire rien du tout, Michel Oris ne cesse de créer. L’UNIGE lui doit, notamment, un Pôle National de Recherche, soit une structure financée par Berne qui existe depuis 12 ans et emploie ou a employé plus de 150 chercheu-se-s. Excusez du peu. Dès lors, sa nomination au rectorat de l’UNIGE était logique. Le professeur Oris y a fait un excellent travail, parfois sur des dossiers très chauds.

Oris est tombé. La rumeur l’a abattu. Les mesquineries académiques, réputées basses et stériles, ont eu raison de l’Homme de talent et de son action. Ce départ ne fragilise pas seulement l’UNIGE, mais le canton tout entier.

Depuis plusieurs mois, une chasse aux sorcières digne de celle des années 1950 a été lancée. Des gens tombent sous les coups d’accusations graves, traitées parfois légèrement par une presse médiocre qui outrepasse son rôle de contre-pouvoir par calcul. Les lynchages se multiplient. L’institution judiciaire est dépassée et ne parvient plus à protéger celles et ceux qu’elle devrait protéger. Désormais, règne la loi du hashtag. Le monde politique est tantôt opportuniste tantôt lâche. Muet quand on lynche gratis. Alors que la campagne électorale bat son plein, je n’ai pas entendu un seul candidat oser dénoncer des méthodes fascisantes, qui bafouent la démocratie et détruisent des vies parfois sans rapport avec les affrontements. Au nom de quelques voix ou lecteurs, qu’on risque de perdre.

Il y a des candidats de valeurs dans cette campagne, mais bien trop de silence. Les jaloux, les médiocres, les personnes mal intentionnées, hommes et femmes, existent, à l’université et ailleurs. Ce n’est pas eux le problème. Ce qui devrait faire réagir celles et ceux qui ont du pouvoir ou le revendique, c’est du moment où les attaques qui s’appuient sur des rumeurs, qui reprennent des accusations pour en faire autant de preuves de culpabilité, obtiennent gain de cause avec l’aide de médias complaisants et de politiciens lâches. Personne n’a eu le courage de dénoncer les manipulations autour de Michel Oris. Les règles de droit les plus élémentaires sont bafouées depuis des années dans un silence presque total. La peur ou les calculs politiques opportunistes dominent, du plus haut niveau de l’UNIGE jusque dans l’entourage scientifique de ce professeur, dont 18 membres viennent de co-rédiger un texte ne portant aucune signature et qui pourtant apporte un soutien sans faille à Michel Oris. Les attaques sont telles, l'environnement tellement hostile, la vindicte populaire si patiemment agitée que la vérité peine à se faire. Elle est pourtant simple: Michel Oris est lavé des accusations qui l'accablent.

Ca suffit. La justice ne peut appartenir à une salle de rédaction dirigée par le conseil d’administration de Tae Media ou d’un quotidien pseudo indépendant mais participant à la curée pour flatter son lectorat. Genève, son université et l’ensemble de ses institutions a besoin de femmes et d’hommes courageux. Faire de la politique en bêlant avec la masse ne donnera rien de bon pour Genève.

Merci Michel Oris pour tout ce que vous avez accompli en tant que vice-recteur de l'UNIGE. Plein succès pour vos recherches et que votre hauteur de vue fasse disparaître les cris des médiocres.

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Commentaires

Je ne suis pas dans votre milieu universitaire donc je ne peux pas me prononcer sur le sujet. En revanche, j'apprécie énormément le soin que vous mettez à rendre vos hommages et à souligner les différentes qualités du Pr Oris.
Vous mettez aussi très bien en évidence sur quels critères et paramètres se base actuellement la société "démocratique". Malheureusement, c'est elle qui, de nos jours, est prioritaire dans bien trop de cas et de situations.
Je ne peux que vous souhaiter de continuer avec autant de conviction et de confiance en ce que vous percevez.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 12/04/2018

Bonjour à tous,

Je suis une ancienne élève du Professeur Oris, que je connais maintenant depuis près de 10 ans, ayant suivi ses enseignements en Bachelor ainsi qu'en Master.

Par ce billet, je tiens à témoigner mon profond respect pour le Professeur Oris et mon immense désarroi en rapport aux accusations faites à son sujet.

Je suis profondément choquée et désolée de réaliser le fonctionnement pernicieux de l'Université de Genève. Je ne suis pas la seule à être sous le choc. Plusieurs de mes camarades de l'époque, qui ont également eu la chance de suivre les enseignements de qualité du Professeur Oris, m'ont contacté. Nous nous sommes réunis pour parler, nous nous sommes demandé que faire? Comment réagir? Nous avions envie de nous faire entendre, d'élever nos voix, de crier notre vérité:

Le Professeur Oris a marqué nos plus belles années, ses enseignements et sa personnalité nous ont énormément apporté. Nous tenons à saluer le grand respect dont il a toujours fait preuve envers ses élèves, tout au long de notre parcours.

Nous tenons à lui manifester tout notre soutien, notre respect et notre gratitude pour les connaissances qu'il nous a transmises.
Nous espérons de tout coeur que le Professeur Oris continuera son enseignement au sein de l'Université de Genève.

Nous pensons fermement, et d'autant plus compte tenu de l'état actuel frelaté du monde académique genevois, que les élèves ont plus que jamais besoin de Professeurs comme lui.

Noura El Rassi

Écrit par : Noura El Rassi | 13/04/2018

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