20/09/2017

Pas en mon nom Monsieur le Président

Donald Trump a parlé dans l’exercice très attendu du discours à l’ONU. Dans son style inimitable, la menace contre le régime coréen a été on ne peut plus claire:« si nous devons nous défendre, nous ou nos alliés, nous détruirons complètement la Corée du Nord ». Référence implicite à l’arme nucléaire. Aussi, est-il bon de rappeler quelques vérités que l’Occident a oublié.

 


D’abord, que les troupes américaines, sous pavillon onusien, ont déjà totalement rasé la capitale nord-coréenne, Pyongyang, durant l’été 1951. Bombardements répondant à la stratégie du « tapis de bombes », déjà utilisée contre le Japon quelques années auparavant et qui a surtout massacré des civils. La guerre de Corée, qui dure de 1950 à 1953 fait d’ailleurs entre 2,5 et 3 millions de victimes, essentiellement civiles. La Corée, pourtant bien plus petite que le Japon, a reçu durant cette guerre un tonnage de bombes presque équivalent à ce qui fut balancé sur l’empire du soleil levant. Qui a en tête ces éléments quand il consulte les médias de 2017, couvrant les événements de Corée du Nord.

Ensuite, que les Etats-Unis d’Amérique sont le seul pays au monde a avoir utilisé l’arme nucléaire dans un conflit. Même a deux reprises. Ensuite, que même si ces bombardements ont été effroyablement meurtriers (environ 100’000 victimes chacun), ce ne sont pas les bombardements les plus meurtriers de la guerre contre le Japon. La macabre première place revient au bombardement de Tokyo quelques semaines auparavant qui avait fait 140’000 victimes.

Qui encore a en mémoire que lors de cette guerre de Corée, le très respecté général Mac Arthur, commandant des troupes onusiennes, a préconisé l’utilisation de l’arme atomique contre les coréens et les chinois? Il serait passé à l’acte sans son limogeage par le président Truman. Qui encore sait que cette guerre n’a jamais été totalement achevée? La Corée du Nord ne saurait en être tenue pour unique responsable car il faut être deux pour faire la paix.

Lorsqu’on consulte même superficiellement l’Histoire des relations entre la Corée du Nord et l’Occident, on est frappé par la brutalité de ce dernier envers un pays dont le régime très particulier de dictature héréditaire stalinienne s'est nourrit pour se maintenir au pouvoir. Hélas, toute la finesse d’analyse des historiens échappe à la métaphysique du simple: « la Corée du Nord provoque, il faut la raser ».

L’Occident ne questionne plus l’Histoire. Ou alors pour teinter les discours patriotiques du premier août de quelques anecdotes savoureuses pour faire rire l’assistance. Chez nos voisins, la présidence mandate un homme des médias pour rendre rapport sur les éléments de patrimoine à sauver. Cela montre bien la place que donne cette présidence, à l'instar de tous les pouvoirs politiques, à l’Histoire.

Je fais partie de l’Occident. J’observe avec inquiétude ce qui se passe dans la péninsule coréenne. La différence avec la plupart des occidentaux est peut-être qu'en observant l'Histoire, j’ai plus peur de la réaction d’un Trump que d’un Kim. Suite à la vague d’actes terroristes qui a frappé l’Occident depuis quelques années, le slogan « pas en mon nom » avait fleuri au sein de la communauté musulmane pour condamner le terrorisme. Aujourd’hui je le fais mien à l’adresse des Etats-Unis d’Amérique. « Détruire complètement la Corée du Nord »? Pas en mon nom, monsieur le président. Faites la paix et arrêtez de gesticuler, sinon ce seront encore des civils, très loin des cotes américaines, qui en souffriront.

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Commentaires

Merci, Monsieur Perroux, pour cet éclairage éminemment instructif.
Je partage vos conclusions.

Écrit par : Mario Jelmini | 20/09/2017

On trouve sur youtube des reportages qui nous montrent bien que c'est "goldman sach" qui est derrière TOUS LES PRESIDENTS AMERICAINS depuis près de 100 ans! trump ou pas, c'est eux qui dirigent l'Amérique!

Écrit par : dominique degoumois | 21/09/2017

Précisément Trump ne fait pas partie de l'establishment. Il n'a donc de comptes à rendre qu'aux Américains, et certaienement pas au parti Républicain (qui le bloque de toutes part).

De dire que vous avez "plus peur de la réaction d'un Trump que d'un Kim" discrédite probablement tout votre discours.

Peut-être n'avez-vous pas encore compris que Trump est un home d'affaires, qui sait négocier, et donc forcémenet pragmatique. Cela n'en fait pas un homme dangereux, mais bien au contraire, un Président efficace.

Écrit par : Remy | 21/09/2017

Trump a le niveau mental d'un gosse de 12 ans. Cela peut fonctionner quand on négocie dans l'immobilier new-yorkais, qu'on a les milliards de papa et qu'on a la mafia avec soi. Mais comme président US, cela laisse la main aux pires du lobby militaro-industriel.

Écrit par : Géo | 21/09/2017

Tout à fait d'accord avec Rémy! Les USA, avec Trump, retrouveront leur aura bien ternie par le traitre Obama!

Le Kim est un provocateur qui aime jouer avec le feu, et vous aimeriez que Trump le laisse continuer son petit jeu de malade?! Le monde actuel a besoin d'hommes à poigne comme Trump, pour le diriger!

Vive Trump! Vive les États-Unis! :)

Écrit par : Patoucha | 21/09/2017

"Vive Trump! Vive les États-Unis! :)" Et pour s'en convaincre, rien de tel que de voir ou revoir "Vietnam", qui vient de passer ces trois derniers jours sur Arte...

Et de se rendre compte qu'ils n'ont rien appris, puisqu'ils se sont lancé dans la 2ème guerre du Golfe sans le moindre scrupule...

Écrit par : Géo | 22/09/2017

Vive Trump! Vive les États-Unis! :)

Écrit par : Patoucha | 22/09/2017

Il se peut que Yellowstone, Toba et un autre super volcan, en explosant arrangent la situation!

Écrit par : dominique degoumois | 23/09/2017

Vous oubliez une chose dans votre réquisitoire: Durant les années 90, les deux Corée avaient bien avancé dans leur politique de détente. On avait tissé des liens diplomatique, des résidents du Sud se rendaient régulièrement au Nord pour visiter leur famille et on parlait même de réunification. J'en sais quelque chose, j'ai plusieurs fois visité la Corée du Sud durant cette période.

Mais, au lendemain du 11 septembre, le président Bush a défini devant le monde entier son "axe du mal" et y a intégré 3 pays, et 3 pays seulement, dont aucun n'avait un rapport avec ces attentats. Il s'agissait de l'Irak, qui n'avait plus de programme nucléaire depuis longtemps, de l'Iran et de la Corée du Nord, dont les programmes nucléaires avaient été gels du fait de la détente. Le premier a été envahi, les deux autres ont relancé leurs programmes nucléaires afin de se protéger du géant qui s'apprêtait à les piétiner. Bref, si aujourd'hui on risque un conflit nucléaire entre la Corée du Nord et les USA, et peut-être bientôt un conflit entre l'Iran et les USA, on le doit à G. W. Bush.

Écrit par : Kad | 23/09/2017

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