24/05/2017

Magique Jordan

Il y a quelques jours, le controversé projet de centre d’accueil pour requérants mineurs non-accompagnés à Aïre a été présenté aux autorités de Vernier. Le 6 juin prochain, il le sera aux habitants du quartier. Les attentes sont grandes, d’autant que la dernière fois que l’Etat s’était présenté devant les habitants pour parler de ce centre, la séance avait été tendue.


Au milieu de cette actualité, par les hasards de l’existence, il m’est arrivé mercredi une de ces rencontres qui vous font renoncer au hasard. Il y a environ 30 ans, l’Etat avait transformé l’Abbaye à Presinge, à quelques encablures de chez moi, en centre d’accueil pour requérants. Il y avait dans l’affectation de ce bâtiment majestueux au milieu d’un parc arboré de chênes centenaires quelques chose de surréaliste. Pas loin des réactions outrées d’habitants d’Aïre de 2017, qui se plaignent que la « meilleure parcelle du quartier » soit utilisée pour des migrants. Comme si on ne devait que leurs réserver des endroits sordides.

A l’époque, se sentant concernés par ces gens déracinés mes parents s’étaient mobilisé avec d’autres de la région de Puplinge. En quelques années, par diverses groupes et activités, ils étaient en contact avec plusieurs familles du centre de l’Abbaye mais aussi d’autres structures d’accueil. Parmi les réfugiés, il y avait Marta et ses trois jeunes enfants, dont un garçon appelé Jordan.

25 ans plus tard, entre mes parents et Marta, le lien d’amitié n’a jamais été rompu. Prenant des nouvelles de ma mère il y a une semaine, Marta a tout de suite vu que quelque chose clochait et a eu la présence d’esprit de l’aiguiller vers les urgences des HUG où elle a été admise en urgence. Suite à des complications, elle a changé de service. Alors que je la visitais, un infirmier au sourire accroché aux oreilles se place devant moi. Il m’a fallu plusieurs minutes pour reconnaître Jordan. La dernière fois que je l’avais vu, il était aussi haut que trois pommes. Aujourd’hui, il me dépasse d’un regard. Un de ces regards profonds qui respire le bien-être. En apprenant la présence de ma mère dans le service voisin du sien il avait décidé de lui rendre visite.

Toute la famille de Marta est aujourd’hui parfaitement intégrée. Parti avec rien d’un pays en guerre, leurs vies sont désormais à Genève. Plus que tout, Marta, Jordan et tant d’autres, filles et fils adoptifs de notre canton, apportent à Genève une sacrée dose d’humanité. Oui, à bien y réfléchir, Aïre a bien de la chance.

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Commentaires

Belle pensée.

Écrit par : Pierre Jenni | 25/05/2017

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