26/01/2017

Veni, Vidi, vasectomie

Il n’aura pas fallu un mois avant que je découvre sur une connaissance les effets du changement de loi entré en vigueur au premier janvier dernier. Max (prénom d’emprunt), vient d’être condamné à la déchéance économique et sociale pour qu’il finance sa séparation. Il n’était pas marié et évidemment le jugement n'est pas libellé comme cela, mais prend la forme d'une pension astronomique.


Plus de la moitié de son salaire part en pension et Max, aujourd’hui sans dette, avec un salaire confortable et un logement, voit arriver le surendettement aussi certainement que le tonnerre après l’éclair. Sa situation n’est pas inédite. Un récent Temps présent sur les situations de surendettement a montré un cas tout aussi spectaculaire.

Mustafa a un travail, un logement et une grosse dette liée à sa séparation. La raison est simple. La loi dit que le niveau de vie doit être maintenu après la séparation et le divorce, mais que si ce n’est pas possible, c’est au parent vivant seul de baisser son niveau de vie. Seulement voilà. Cette baisse se réalise quelle que soit la situation de l’ex-conjoint-e et connait un seuil minimum, le minimum vital, définit bien trop bas. A Genève, c’est 1250 francs par mois, une somme alignée sur les montants fédéraux. Alors même que cette somme est vraiment légère, le Tribunal Fédéral en a remis une saucée, en excluant que le paiement des impôts (aussi faibles soient-ils), soient pris en compte dans le minimum vital. Froidement, c’est vrai que la (sur)vie ne dépend pas du paiement des impôts. En réalité, cela condamne les parents contributeurs à s'endetter. Aujourd’hui en Suisse, c’est donc l’Etat qui précipite consciemment des hommes et des femmes dans la précarité, alors que de tels cas pourraient être évités.

Max a vendu sa voiture, renoncé à la télévision et à la radio pour économiser la redevance. Il ne fume pas et aucun des frais lié aux enfants qu’il reçoit souvent ne sont comptés dans ce qu’il peut garder de son salaire. Dans quelques mois, il coûtera une fortune en aides sociales matérielles et immatérielles à un état devenu malade par sa seule et propre volonté.

Interrogée sur les moyens qu’à un homme aujourd’hui de lutter légalement contre cette spirale infernale, une avocate spécialisée dans le droit de la famille m’a répondu en un seul mot: « vasectomie ». Se rattrapant, elle ne voyait aucun solution à moyen terme, tant ce problème, connu de longue date, ne fait encore bouger personne.

L’Histoire récente fourmille d’exemple de combats menés pour mettre en lumière un combat. Pendant la guerre du Viet-Nam, des moines s’immolaient par le feu en pleine rue, un moyen de lutte repris dernièrement par les Tibétains. Plus proche de nous, les organisations qui luttaient contre l’enfermement des objecteurs, avaient pris l’habitude de promener les jeunes hommes à la sortie des tribunaux, quelques minutes après leurs condamnations. Ficelés comme des jambons, reliés à l’aide d’une chaîne à un militaire d’opérette, ils arboraient une pancarte: « Condamné à X mois/ans de prison pour avoir une conscience ». Ces ballades silencieuses de quelques centaines de mètres reproduites régulièrement dans plusieurs villes de Romandie ont assurément pesé dans la création d’un service civil.

La Suisse adaptera ses règles. Tôt ou tard, par un effondrement de la natalité, par soucis d’économies mais aussi parce qu’elle aura sous les yeux et en retour toute la violence sociale produite par ces règles absurdes, la Suisse finira par bouger. Espérons qu’en attendant, les moyens de rendre visible ces problèmes restent sobres.

 

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