17/11/2016

La statistique qui fâche

En 2012, un professeur d’Harvard a publié une étude qui a fait à l’époque un bruit retentissant. Pour la première fois, était mise en image la disparition de la classe moyenne et le très fort clivage qui se creuse, aux Etats-Unis, entre riches et pauvres. Deux chiffres résument cette étude (voir la video : https://www.youtube.com/watch?v=QPKKQnijnsM): le 1% le plus fortuné du pays accapare 40% de la richesse nationale quand en même temps, les 155 millions formant la moitié la moins favorisée du pays se partagent 0,5% de cette même fortune. Une répartition qui caractérise généralement un pays du sud. On ne peut mettre mieux en image l’échec patent du libéralisme. Si l’élection de Trump (membre du club des 1%) a été étonnante, c’est aussi qu’il été élu en couchant dans son programme des baisses fiscales pour la population aisée. Si, si...

 


La mécanique de dérèglement qui a permis au Etats-Unis d’aboutir à cette répartition aberrante de la richesse nationale, là où le libéralisme devait au contraire et depuis près de 200 ans améliorer la vie de tous, concerne aussi l’Europe, heureusement encore dans une moindre mesure. La disparition de la classe moyenne, souvent évoquée par Miret Zaki, rédactrice en chef de Bilan, pas vraiment proche de Gauchebdo, est aussi une réalité suisse.

Rapportées aux difficultés actuelles rencontrés par de nombreux pères séparés ou divorcés, ces statistiques expliquent à elles-seules le problème d’un droit de la famille dépassé. Ce qui pose problème aujourd’hui, c’est le principe fixé que le niveau de vie antérieur doit être maintenu pour les familles séparées, et que si cela n’est pas possible, c’est seulement le parent contributeur qui doit voir son revenu entamé, en ne lui préservant qu’un minimum vital indigne. En effet, ce dernier est aligné sur les barèmes fédéraux (1’200 francs par mois sans frais de logement et de santé), sans tenir compte de la réalité genevoise, la justice précarise presque automatiquement le parent contributeur. Dans l’économie d’aujourd’hui, cette précarisation n’est plus passagère, elle signifie parfois une réelle condamnation à des décennies de galère, car le minimum vital amène parfois ces personnes en dessous du seuil de pauvreté Suisse. Pire, il n’est pas rare de voir la situation économique du parent gardien s’améliorer, quand bien même son ex-conjoint-e plonge dans les grandes difficultés.

Dans un monde où le niveau de vie a cessé de s’améliorer pour toute une frange de la population, précipiter des parents dans les difficultés est absurde et contre-productif. Les services sociaux, déjà mis sous pression par une précarité qui augmente indéniablement, auraient vraiment mieux à faire que de prendre en charges ces personnes-là.

Trois mesures simples sont à prendre de tout urgence. La première est d’adapter le minimum vital à la hausse, afin qu’il colle mieux à la réalité genevoise. La seconde est d’admettre qu’en cas de séparation, une baisse du niveau de vie est acceptable, dans une certaine mesure, pour chacun des parents. Cette mesure ne serait en rien pénalisante pour les enfants. Enfin la justice devrait rendre impossible une amélioration de la situation économique d’un des deux parents quand au même moment l’autre plonge dans la précarité. Il ne doit pas appartenir à la collectivité de financer le sauvetage d'hommes et de femmes qui simultanément financent un niveau de vie trop élevé de leurs anciens conjoints.

Une société qui persiste à croire qu’un niveau de vie maintenu pour les enfants, au prix d’une précarisation extrême des pères, est bénéfiques pour ces enfants, est une société gravement malade. Hélas, c’est la Suisse d’aujourd’hui.

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Commentaires

Bonjour,

Je trouve votre angle d'analyse pertinent. Les séparations sont rarement consensuelles et une réflexion politique doit s'organiser pour redéfinir le cadre légal. Laisser les choses en l'état produit tout ce que vous décrivez très bien.

Une autre piste également est la médiation avant divorce légal, comme cela se passe dans une région d'Allemagne, avec de très bons résultats.

Une autre piste encore est la résidence alternée (ou garde partagée) par défaut (sauf cas particuliers). Dès lors chaque parent assume sa part des frais et sa présence est garantie auprès de l'enfant. Je connais des enfants qui ont vécu cela et ils se sont très bien développés. Les parents doivent rester partenaires d'éducation, et il n'y a pas moyen de fausser la relation.

En France c'est combattu par des féministes, qui arguent en particulier les violences familiales pour affirmer qu'il faut privilégier la garde maternelle.

(Pour moi je sais trop bien ce qu'il faut en penser. Voici leur argumentaire:
www.c-e-r-f.org/enfantsgardealterneepalma.htm).

C'est souvent l'expérience qui nous éveille à une problématique. Mais au moins vous en parlez en connaissance de cause.

Bien à vous.

Écrit par : hommelibre | 17/11/2016

Bonjour,

Votre article met en lumière un aspect du droit civil trop rarement évoqué. Avec l'appui des organisations féministes et du PS, le droit a évolué de façon à éviter aux familles monoparentales (souvent des femmes) de se retrouver dans une forte précarité et c'est une bonne chose. Le problème vient du fait que ces mêmes lois peuvent être utlisées par des femmes loin d'être dans le besoin en vue de maintenir un niveau de vie plus que confortable au détriment de leur ex-conjoint.

En effet, des pensions élevées peuvent être fixées lorsqu'un cadre divorce et la loi fait tout pour les maintenir, même lorsque celui-ci se retrouve sans emploi pendant une longue durée ou accepte un nouveau poste bien moins rémunérateur.

Il suffirait pourtant de modifier la loi de façon à ce que les pensions alimentaires puissent être modifiées automatiquement, sans recours au tribunal (ce qui permettrait d'alléger leur charge de travail), lorsque les revenus du débiteur baissent de manière significative et ceci sur la base de la déclaration fiscale annuelle. Un seuil minimum pourrait être fixé, le surplus variant à la baisse et aussi à la hausse (jusqu'au montant de la pension fixée initialement) dans les mêmes proportions que la variation de revenu.

En effet, d'un point de vue moral, le traitement des débiteurs dans un divorce n'est pas équitable en comparaison avec les personnes mariées. Lorsqu'un parent non-divorcé perd son emploi ou change d'occupation pour un poste moins rémunérateur, les revenus du ménage baissent d'autant. Pourquoi n'en serait-il pas de même dans le cas des couples divorcés? Je ne suis pas juriste, mais si tel était le cas, je trouverais intéressant d'attaquer la Confédération en justice pour inégalité de traitement.

Malheureusement, on le voit avec la nouvelle mouture de la loi qui rentre en vigueur au 1er janvier 2017, les droits des personnes créancières des pensions ont encore été renforcées, sans prendre aucunement en compte la situation des débiteurs...

Écrit par : Marc | 18/11/2016

Je me souviens d'une déclaration de Jaen-Claude Killy, au sujet du sport: "Le sport n'a qu'un seul ennemi, mais c'est un ennemi mortel : le dopage". (Ou quelque chose d'approchant.) En ce qui concerne le capitalisme, on pourrait formuler la chose de la façon suivante : "La capitalisme n'a qu'un seul ennemi, mais c'est un ennemi mortel: lui-même."
Tels les trous noirs pour la masse, les capitaux jouent le rôle d'attracteurs de richesse. Certains nantis affectent de ne pas s'en rendre compte, espérant mourir en continuant d'empiler, tel Oncle Picsou, avant que la déflagration ne se produise. Chic : que de Lamborghinis en perspective !
Je précise que je ne suis en aucun cas marxiste ou communiste et que l'habituel argument "alors regardez l' URSS" commence à fatiguer la moindre.

Écrit par : Haunli YOU | 18/11/2016

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