31/10/2016

"L'onde et l’ombre"

Depuis 18 mois environ, ce blog est en sommeil. Suite à quelques aléas de la vie, le rythme régulier de publications a été abandonné. Intitulé « Debout sur le soleil », en hommage à un livre et en référence à l’ange de l’apocalypse, ce blog renaît de ses cendres. Avec un nom prédestiné.


Dans les Misérables, Victor Hugo a inséré un chapitre intitulé : « l’onde et l’ombre », décrivant le naufrage d’un Homme abandonné par la société. Des lignes puissantes qui, ramenées à la situation suisse d’aujourd’hui en matière familiale, sont d’une cruelle actualité. Depuis 18 mois, je suis entré dans un monde dont j’ignorais presque totalement l’existence auparavant. J’ai découvert le monde des familles déchirées et de la justice. Avec un constat : aujourd’hui, des personnes sont hachées par un droit suisse de la famille inadapté, une jurisprudence surannée, des institutions dépassées et un féminisme ambiant qui canarde à tout va, préférant opportunément des femmes entretenues et s’occupant des enfants à un partage équilibré des tâches éducatives. « Bobonne à la maison » n’appartient pas au passé et ce sont même des féministes qui l’alimente. Le Tribunal Fédéral l'a confirmé il y a quelques jours seulement.

Une statistique établie en 2012 pour le Canada indique que les deux tiers des suicides d’adultes concernent une situation de divorce ou de séparation. Quelle proportion pour la Suisse? Difficile de le savoir, bien qu’on puisse douter être loin des chiffres canadiens. En dehors de faits divers tragiques, ce genre d’infos n’intéresse pas. En juin dernier, pour la première fois cependant, j’ai croisé une famille romande touchée par un drame de ce type. Edifiant.

En 18 mois, conseillers sociaux divers, médecins, policiers, avocats et juges, avec leurs cascades de démarches administratives, peuplent mon quotidien me permettant de mesurer très directement les tensions de toutes sortes qui accompagnent un état que je ne pensait jamais traverser. Des coûts faramineux pour la collectivité pour régler une question devenue hélas courante (40% des mariages finissent par des divorces): organiser la désunion. Au final, des situations parfois kafkaïennes et une fragilité sociale inutilement chère payée alors que les personnes fragilisées sont statistiquement dans la force de l’âge en en position d’être très productives. Une belle balle dans le pied.

La famille nucléaire qui se forme par un mariage, procrée et se termine par la mort forcément aux grands âges de l’un ou l’autre des conjoints n’existe plus. Une réalité connue des sociologues, ignorée par la société. Cette famille idéale a représenté une parenthèse de quelques décennies dans l’Histoire, mais la Suisse qui aime tant que rien ne change y est encore attachée. Il ressort de cet anachronisme des situations de fragilités sociales vraisemblablement augmentées par l’action publique, là où l’Etat devrait agir suivant un but inverse. Aujourd’hui, par la lorgnette qu’il m’est donné d’observer cette question, il ne fait simplement pas bon être un père vivant une séparation. Si certains en viennent au suicide, c’est juste qu’ils ne le supportent pas. Incompréhensible.

Lorsque la mort se révèle être la seule issue à une situation devenue courante, nous sommes devant un problème majeur. Pourtant, aucun parti politique dans notre pays (apparemment…) ne consacre une seule ligne de son programme à la réforme du droit de la famille pour le faire mieux correspondre à la société d’aujourd’hui. Combien de temps encore?

Beaucoup de question sans réponse et pour moi une première certitude: tout homme qui se marie en 2016 en Suisse est un inconscient. La lecture du code civil qui réjouit les convives lors des unions civiles relève du folklore pour ne pas dire de l’enfumage. En cas de pépin, le parent se retrouvant seul, statistiquement souvent le père, est le plus fragilisé, au nom du bien-être des enfants et d’une sacro-sainte société de consommation tout droit issue du passé. A un droit déjà sévère, la jurisprudence rajoute parfois une dose d’incompréhension. 

A quelle souffrance faut-il en arriver pour s’enlever la vie à cause de cela? Quelle cynisme habite notre société qui a tout pour constater le problème, qui parfois le constate, mais qui se tait? Je crains fort que Victor Hugo ne soit contraint de revoir sa dédicace des Misérables. Est-ce que Mandela l’a lu. Sans doute pas, mais il est source d’une grande inspiration quand il écrivait au fond de sa cellule:

« Tout Homme ou toute institution qui tentera de me voler ma dignité échouera ». Alors que la précarité augmente, que le nombre de divorces ne diminue pas, que les budgets publics ne cessent de se resserrer, que la fécondité est en berne, il ne fait aucun doute que le droit suisse de la famille sera tôt ou tard adapté. Reste à savoir quand.

18:54 | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook

Commentaires

Quand la charia prendra sa place...

Écrit par : norbert maendly | 31/10/2016

Bonjour,

Votre billet évoque des événements qui me touchent beaucoup, ayant été confronté moi-même à une telle situation il y a de nombreuses années maintenant. On en ressort cabossé, broyé parfois, fragilisé, on passe et on repasse les événements, on les analyse, on se culpabilise, on fuit les gens, on craint les questions, on rase les murs, on est très seul ...
Bref, il faut souvent de nombreuses années pour s'en sortir, mais transformé ...

Je rebondis sur vos propos lorsque vous écrivez :
" Pourtant, aucun parti politique dans notre pays (apparemment…) ne consacre une seule ligne de son programme à la réforme du droit de la famille pour le faire mieux correspondre à la société d’aujourd’hui."

J'y ai beaucoup réfléchi également et j'en suis arrivé à la conclusion que ce thème est trop peu porteur, politiquement parlant, pour intéresser un parti politique. La population concernée est faible et presque exclusivement masculine. Toucher à certains fondements reste tabou. Par ailleurs seuls les gens directement concernés peuvent témoigner du décalage entre la législation et la réalité du terrain. Hors de ce cercle très restreint, masculin, et par conséquent peu solidaire, cela n'intéresse personne ou presque. Et puis les années passant ceux qui réussissent à s'extraire de ce cauchemar ont tout simplement envie de passer à autre chose. C'est égoïste certes, mais c'est humain.

Bien à vous !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 01/11/2016

Jean,

Ce n'est en effet pas porteur politiquement. Par contre je pense que pas mal d'hommes sont passés par là. Mais comme vous dites: cabossés, broyés, pas solidaires, envie de passer à autre chose.

La justice ne vit pas seulement sur le passé, mais aussi sur un stéréotype. Une médiation lors des séparations serait déjà un pas en avant.

Écrit par : hommelibre | 01/11/2016

Qu'est-ce que je disais ?

Écrit par : Plus ça va, plus c'est la même chose | 01/11/2016

Ah, ben, oui, mais... sans le premier message, ça ne veut plus rien dire...

Écrit par : Plus ça va, plus c'est la même chose | 02/11/2016

Une analyse d'un arrêt du Tribunal fédéral qui résume certains aspects:
http://www.droitmatrimonial.ch/fileadmin/user_upload/matrimonial/Fiches/2016_Septembre/2_Analyse_5A_945_2015.pdf
Voir notamment le dernier paragraphe qui rappelle explicitement qu'en l'absence d'entente entre les parents il est forcément difficile d'arriver à une solution satisfaisante pour le bien des enfants...

Olivier, tu décris bien les affres et les tourments de telles situations, mais concrètement dans quel sens faudrait-il revoir la loi ou son interprétation ?
Par rapport à l'autorité parentale, en quoi le fait d'être mariés ou non change-t-il la situation ?

Écrit par : Yves | 02/11/2016

Yves: La loi et la jurisprudence font fausse route lorsqu'elles axent tout sur le bien de l'enfant dans un sens d'une préservation de la situation antérieure à son niveau uniquement. Préservation qui ne concerne pas le parent vivant seul. De fait, la société fait fausse route si elle croit qu'un père détruit n'est pas sans conséquence pour le développement de l'enfant. N'importe quel pédopsy le dira.

La loi fait fausse route en autorisant un conjoint menant une séparation refuser toute médiation ou toute procédure de divorce pendant 2 ans.

Dans les séparations, la loi se plante quand elle ne condamne que le parent contributeur, quand bien même le parent gardien se voit attribuer une responsabilité qui devrait engendrer des droits, mais aussi des devoirs.

La loi fait faute route en refusant, dans le cas des séparations, un accès aux mains courantes qui ne sont qu'un outil d'avocats peu scrupuleux pour servir à la déstabilisation de la partie adverse.

La loi pose un principe joli sur le papier (préservation de la situation antérieure), mais dans des cas les revenus touchés après la séparation par le parent gardien sont supérieurs à ceux d'avant: avec quelle justification?

La loi se trompe quand elle refuse au parent contributeur un droit de regard sur les frais effectifs.

Je continue?

Écrit par : olivier | 02/11/2016

"l'absence d'entente entre les parents"
C'est une chose que je n'arrive pas à comprendre. Je sais que chaque cas est différent. Que de toutes les façons une séparation se traduit par une perte de revenus (frais de logements en plus, etc.). Que l'intervention de tiers (police, avocats, juges) engendre des dégâts. Si les deux parents travaillent, les frais effectifs doivent être partagés au pro-rata des revenus de chacun.
Est-il si difficile d'être intelligent et surtout honnête et de se passer de tiers dans une affaire privée?
A défaut chacun est renvoyé à la responsabilité du choix de son partenaire.
Et en fin de compte, qu'est-ce que l'amour? Qu'est-il devenu?
Amour et loi font mauvais ménage.
Est-il également nécessaire de se marier?

Écrit par : Modération | 02/11/2016

"La loi fait fausse route en autorisant un conjoint menant une séparation refuser toute médiation ou toute procédure de divorce pendant 2 ans."
Pourriez-vous développer, s'il-vous-plaît? Je croyais que le refus du divorce pendant deux ans ne pouvait venir que de la personne qui subissait le divorce, mais pas de celle qui l'introduisait. Si c'est le cas, c'est une totale absurdité. Déjà que d'introduire un tel délai est en soi une mesure de d'humiliation, de punition. Ne dit-on pas qu'il faut battre le fer tant qu'il est chaud?

Écrit par : Modération | 08/11/2016

Les commentaires sont fermés.