22.02.2012

Halal et l'allalli

Dans la série "en faisons-nous assez", la non-polémique sur la viande consommée à Paris va peut-être battre des records de crétinisme.

A partir d'une provocation sur la viande Halal d'une candidate de l'extrême-droite xénophobe, le président français commente le cas pendant une visite, en pleine journée. A peine a-t-il terminé son appréciation que les réactions pleuvent. On réagit sur ses paroles dans l'instant. Ce qui permettra à d'autres de réagir sur ces réactions. Sans doute, les articles de demain de la presse écrite, qui ne peut réagir dans la minute, parleront-ils de la réaction à la réaction de la réaction.

Dans ce monde là, vous contenter d'une prise de l'information tous les 2 ou 3 jours devient risqué si vous tenez à être informé. Vou aurez manqué plusieurs épisodes d'un feuilleton qui se joue en continue, au point d'un perdre peut-être le fil. D'ailleurs, certains lecteurs de cette note n'ont peut-être pas vu passer l'"affaire". Ils ne savent donc pas que les professionnels de la branche ont démenti, lundi déjà, l'affirmation polémique (j'aurai dû commencer par là, non?): les parisiens mangent tous de la viande halal et on le leur cache. Fichtre!

Pendant la guerre du Viet-Nam, événement très médiatisé, les images mettaient 3 jours à être diffusées. Le temps de les ramener aux USA et de développer les films. Un délai suffisant qui permettait au journaliste de faire un travail d'écrémage de l'information. Aujourd'hui, c'est plus proche des 3 minutes. A force d'accélérer, le monde est désormais saturé. Pour ne pas manquer l'info qui pourrait devenir importante, désormais tout passe. Surtout ce qui sucite l'émotion et peut être repris dans l'interview du soir ou du lendemain matin (les radios les mettent en ligne en quelques minutes, parfois avec l'image!). Imaginez la tête du parisien moyen qui apprend qu'il mange de la viande abattue selon le rituel musulman sans le savoir depuis des années. On est pas loin du péril islamiste. Le choc des civilisations est-il aux portes de Paris?

Cette politique spectacle de la petite phrase relève d'un double hiatus croissant. D'abord entre ceux qui suivent et ceux qui sont largués, puis dégoûtés de la politique. Ensuite, entre ceux qui font de la politique-polémique et ceux que le jeu des petites provocs indiffère. Car la politique c'est tout sauf cette avalanche de mini "affaires". C'est établir des projets collectifs et tout faire pour les mener à bien. On peut former le projet collectif de manger une viande abattue de telle manière plutôt que de telle autre. Du moment où les normes d'hygiène sont respectées, il est assez logique que cette nuance dans le mode d'abattage n'intéresse finalement pas grand monde, sinon ceux qui aiment perdre du temps sur de tels projets politiques, et préfèrent parler de la religion supposée de la viande hachée, que défis environnementaux, économiques ou sociaux de la France.

09:55 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | |  Facebook

Commentaires

Vous avez parfaitement raison quant à la rapidité délirante de l'information. L'annonce de la démission-exclusion-et réciproquement de Vanneste annoncée par les uns est, au même moment, démentie par les autres en est l'exemple de l'heure passée.... Il n'empêche que, concernant la viande, le processus d'abattage Halal intéresse beaucoup d'industriels surtout car la chaîne de nettoyage des installations (ou plutôt le nombre de nettoyage) diffère à l'avantage des producteurs. Ainsi, il est moins cher de produire de la viande Halal. Ensuite, une question sanitaire se pose dès lors que ce processus est industrialisé: le contrôle de la contamination ou non des morceaux en haut de la bête par des sucs gastriques. Il y a donc vraiment une question sociale et sanitaire dont il faut parler, car les autorités ne mettent pas partout le pied à l'étrier pour effectuer les contrôles nécessaires. Ne pas l'évoquer, c'est aussi faire de l'idéologie.

Ecrit par : MM | 22.02.2012

Tout à fait d'accord avec MM. Au-delà de la polémique que vous citez et dont je n'ai rien à faire l'extension de l'abattage halal pose un réel problème sanitaire. Vu la semaine passée dans un reportage sur une chaîne française : Non les français ne mangent pas tous de la viande abattue selon le rituel halal, c'est-à-dire les animaux non pré-étourdis, restant conscients, et égorgés d'un coup de lame leur tranchant à la fois les carotides et l'oesophage. Mais l'extension de cette méthode d'abattage gagne constamment du terrain au point que bien des français mangent aujourd'hui de la viande halal sans le savoir ( environ 30 % de la production si mes souvenirs sont bons alors que la viande vendue sous ce label ne représente qu'environ 8 % ). L'extension du processus d'abattage halal provient du fait qu'il coûte trop cher pour les chaînes d'abattages de passer constamment d'une manière d'abattage à une autre, alors ils se mettent à abattre de plus en plus selon la manière halal même pour la viande qui ne sera pas vendue sous ce label. Le problème ? Au-delà de la cruauté supérieure de l'abattage halal ( animaux non étourdis qui se débattent effrayés suspendus par une patte en attendant qu'on leur tranche la gorge ) le risque sanitaire de viande infectée est considérablement augmenté. Pourquoi ? Dans la manière prescrite dans nos sociétés jusqu'à ce jour, on étourdit d'abord l'animal afin qu'il souffre moins, ensuite on incise la région de l'oesophage pour ligaturer ( fermer ) le conduit de l'oesophage afin que le contenu gastrique ( hautement infectieux )ne s'écoule pas sur la tête et les épaules de l'animal. Ensuite seulement,on incise les carotides pour saigner l'animal, le contenu gastrique de l'animal est ainsi clairement séparé de la viande que nous allons consommer. Ce qui n'est pas du tout le cas dans la méthode halal, ou le tranchage de gorge d'un seul coup et donc de l'oesophage risque de faire s'écouler le contenu gastrique sur les épaules et la tête de l'animal, parties dont on fait la viande pour les steaks hachés... Résultat : dans ce reportage le vétérinaire officiel, professeur et expert auprès des tribunaux, n'hésitait pas affirmer que selon lui, les dernières infections ( avec mort d'homme si je ne m'abuse) par steak hachés survenues en france l'année passée avaient clairement un lien avec le risques d'infections de la viande créé par écoulement du contenu gastrique sur la viande de l'animal lors de l'abattage halal.


C.Q.F.D. le problème créé par la viande halal et son abattage rituel n'a rien avoir avec un quelconque problème sociétal mais est clairement un problème sanitaire. De ce point de vue, alors qu'il existe une méthode d'abattage plus saine, le consommateur doit avoir le droit de savoir comment la viande qu'il consomme a été abattue ( connaissance qu'il n'a pas aujourd'hui ). Le consommateur a un droit, alors qu'une méthode plus saine existe, de ne pas manger de la viande halal.

D'autre part si le passage constant d'abattage halal à abattage non halal entraîne des coûts supplémentaires dans le processus de production, ces coûts devraient clairement être mis à la charge de ceux qui veulent absolument consommer de la viande abattue rituellement. Car il n'est pas normal qu'à l'inverse cette problématique se traduise par l'accroissement d'un risque infectieux pour les consommateurs ordinaires.

Ecrit par : Halal Watch | 22.02.2012

Vous avez en partie raison. Quoique l'origine des contaminations dont vous parlez ne sont pas certaines. Le problème d'hygiène est réel, c'est pourquoi j'ai précisé "du moment où les normes d'hygiène sont respectées". Il s'il faut les renforcer, alors renforçons les.

En fait, la contestation "hygiéniste" qui se développe autour de cette récente polémique cache mal les raisons xénophobes de l'argumentaire. En matière d'hygiène de viande, on pourrait commencer par aborder le problème des intrants, donc de l'alimentation du bétail, qui pose au moins autant de problèmes.

Ecrit par : olivier | 22.02.2012

"En fait, la contestation "hygiéniste" qui se développe autour de cette récente polémique cache mal les raisons xénophobes de l'argumentaire."
Mais qu'en savez-vous donc ? C'est de la pure projection de votre part. Cette critique pourrait atteindre les intérêts des islamistes ? Vous faites feu de tout bois, sans preuve et sans argument.

Ecrit par : Géo | 22.02.2012

Apparemment les normes occidentales instituées pour l'abattage des animaux ne méritent plus d'être défendues. Ainsi nous serons bientôt accusés d'obscurantisme par les partisans de coutumes remontant au Moyen Age. Tout cela sous le prétexte de lutter contre la "xénophobie" et le "racisme", deux termes qui finissent par recouvrir tout ce qui déplaît, mais qui, eux aussi, ne s'appliquent qu'aux Occidentaux.

Ecrit par : Mère-Grand | 22.02.2012

"En fait, la contestation "hygiéniste" qui se développe autour de cette récente polémique cache mal les raisons xénophobes de l'argumentaire." Ah bon? Vous pensez que les musulmans et les juïfs ne se sentent pas eux aussi concernés par ces types de problèmes sanitaires? Allez dans les communautés pour leur demander ce qu'ils en pensent. Monsieur Olivier, vous ne pouvez pas l'ignorer: les affirmations où l'idéologie pointe le bout de son nez se prêtent aux interprétations les plus paradoxales. Cela fait totalement partie du type d'information que vous dénoncez dans le début de votre papier.

Ecrit par : MM | 22.02.2012

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